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Quand la technique se mêle d'art

Vignette du numéro 271 de Juillet 2017

Article publié dans le numéro 271 de Juillet 2017
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L’opposition entre art et technique n’est pas nouvelle et s’est construite sur de nombreuses pierres d’achoppement. Pourtant les termes et les concepts ont réussi à se rencontrer au fil du temps, comme en témoigne la création de « musées d’art industriel » à la fin du XIXe siècle en Europe. Et puis ne parle-t-on pas d’« état de l’art » quand on dresse le bilan des avancées technologiques ou scientifiques dans un domaine ?!

Art et technique se mêlent aujourd’hui peut-être plus que jamais, à une époque où des robots dopés à l’intelligence artificielle sont capables de peindre une toile à la façon des plus grands maîtres ou de composer une œuvre musicale. La technologie fait son entrée dans le monde de l’art dans nos établissements aussi…

 
  

 

SOMMAIRE

- L'art industriel exposé dans les musées

- La nature au service du patrimoine artistique

- L'or et l'argent reprennent vie

- ... et l'aluminium sort de l'oubli

- Céramiques en pleine lumière

- La réalité augmentée, pour ressentir plus intensément une oeuvre

- Comme la musique, les variations technologiques sont infinies

- Music and lights

 
  

 

 

Vaste monde que celui des arts !... De la sculpture aux jeux vidéo en passant par la poésie et le cinéma, les arts plastiques ou beaux-arts, sont les fruits d’une société ou d’une culture, comme l’atteste leur liste officielle qui s’allonge au fil des siècles. Les arts décoratifs, eux, se servent des métiers d’art pour la production ornementale et fonctionnelle, et concernent principalement l’architecture et la décoration d’intérieur. Les arts appliqués sont l’apanage des designers, aussi bien pour l’aménagement d’espaces que dans la communication, ou encore dans les métiers d’art tels que la céramique ou la joaillerie. Le terme d’art industriel est peut-être une bonne formule générique pour regrouper ces concepts artistiques au-delà des époques et des courants qui les ont marqués, dans le sens où tous font l’objet de productions allant jusqu’à la grande série, quand les arts plastiques fournissent des œuvres uniques.

 

L’art industriel exposé dans les musées

Le concept d’art industriel apparaît au XIXe siècle avec la première révolution industrielle et les expositions universelles qui en sont des faire-valoir. Nés de cette mouvance, les musées industriels, d’art industriel ou des arts décoratifs, souvent liés à la mise en place de filières professionnelles, se multiplient bientôt en Europe. En 1857 est créé à Londres le South Kensington Museum, qui prendra par la suite le nom de Victoria and Albert Museum. Pionnier du genre, il fera des émules dans toute l’Europe, à Vienne, Hambourg, Stockholm, Budapest, Berlin, Rome, Paris… En Suisse, pas moins de onze musées du même genre fleurissent dans les zones les plus industrialisées du territoire.

Dans sa thèse de doctorat1 préparée à l’Institut d’histoire de l’art et de muséologie de l’université de Neuchâtel, Isaline Deléderray-Oguey s’attache à analyser les différentes structures suisses dans un travail global et comparatif encore jamais réalisé.

plat décoratif

Georges Pull, plat décoratif, 1830-1860

don de Catherine de Rumine, AA.980, musée industriel

© Musée historique de Lausanne

« Le premier de ces musées est arrivé très tôt dans la chronologie européenne, raconte la jeune chercheure. Un peu à part dans le paysage, il est né à Lausanne en 1862 et avait tout d’un musée encyclopédique. » Expliquant toutes les étapes de la fabrication d’un objet industriel, de la matière première au produit fini, il concerne différentes industries et se veut didactique. Les musées créés ensuite à Berne, Winterthur, Zurich, St Gall, Bâle, La Chaux-de-Fonds, Genève, Fribourg, Aarau et Sion sont davantage des vitrines mettant en valeur l’industrie et le savoir-faire particuliers à leur région. Ils exposent des chefs-d’œuvre techniques bien sûr, mais aussi des prototypes, des pièces inachevées, des croquis, des machines, bref, sont les témoins de tout un processus industriel.

Les musées industriels, dont on a vu qu’ils étaient étroitement liés à la création d’écoles formant aux savoirs nés de la révolution industrielle, tombent en désuétude dans les années 1920, en Suisse comme ailleurs en Europe. « Les nouveaux mouvements pédagogiques se tournent vers la création plutôt que vers l’étude de modèles du passé, et les collections pédagogiques n’ont plus de raisons d’être. De plus, les politiques accordent moins de soutien financier aux musées au profit des artistes et des artisans pour la réalisation de leur travail », analyse Isaline Deléderray-Oguey. Très peu connus du grand public et même des professionnels, et sans aucun doute pour des raisons financières, les musées industriels ne font pas partie de la démarche récente de revalorisation du patrimoine industriel. Le Gewerbemuseum de Winterthur reste le seul survivant de cette époque en Suisse.

Aujourd’hui les plus belles pièces de collections toutes éparpillées sont exposées dans des musées dédiés… aux beaux-arts. Celles qui sont encore dans les dépôts pourraient connaître la même renaissance. L’objectif sous-jacent à la thèse d’Isaline Deléderray-Oguey est de fournir l’histoire de ces collections aux conservateurs, « afin qu’ils comprennent que la valeur de ces objets est liée à leur contexte d’acquisition ». Et qui sait, que même ceux qui ne sont pas considérés comme des chefs-d’œuvre artistiques sortent un jour des tiroirs…

 

1 Thèse réalisée en cotutelle sous la direction de Pierre-Alain Mariaux (université de Neuchâtel) et Rossella Froissart (université d’Aix-Marseille), dans le cadre d’un projet soutenu par le FNS (Fonds national suisse de la recherche scientifique).

 

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La nature au service du patrimoine artistique

La conservation et la restauration, qui ont récemment émergé comme des démarches scientifiques à part entière sur la scène artistique, permettent de garantir la pérennité et l’intégrité des objets. Chercheure en sciences de la conservation, chimiste, Edith Joseph exerce ses talents à la Haute Ecole Arc Conservation-Restauration et à l’université de Neuchâtel. Avec son équipe, elle met au point des traitements de surface à base de champignons et de bactéries capables d’assurer une bonne santé aux métaux exposés à l’extérieur. « La nature est bien faite, rappelle la chercheure avec un sourire, alors on l’exploite ! » L’aventure a commencé avec Beauveria bassiana, un champignon à l’origine d’une « biopatine » particulièrement efficace pour protéger les cuivres des agressions de l’air, du soleil et de la pluie. Elle se poursuit dans le projet PluMBER avec d’autres champignons encore, et des bactéries permettant d’élargir le spectre des applications au fer, au zinc et à l’aluminium, très prisés dans l’architecture.

« Les micro-organismes sont de véritables usines chimiques miniatures. Nous étudions les réactions et les processus à l’œuvre afin de proposer les recettes les plus simples pour une protection efficace et naturelle des métaux. » En conservation, l’ambition n’est pas de redonner le lustre d’origine aux objets, statues et bâtiments, mais de stabiliser la corrosion dans des teintes naturelles et esthétiques, et d’éviter la perte de matière dont elle est parfois responsable sur les objets archéologiques. Nettoyage, élimination de la rouille, des tâches piquant le métal, protection…, les traitements de surface naturels ont à se soucier non seulement des différents alliages en présence, mais aussi des produits déjà appliqués par le passé et qui ont une incidence sur les réactions chimiques. Le projet PluMBER (Patina for Metal Built hERitage), débuté en 2015, prendra fin en février 2018 ; il devrait être relayé par un projet européen plus particulièrement dédié aux traitements pour la conservation et la sauvegarde du patrimoine artistique du XXe siècle.

 

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L’or et l’argent reprennent vie…

nettoyage à l'aide du pinceau Pleco filés dorés filés dorés

Nettoyage localisé, à l'aide du pinceau électrolytique Pleco, des filés métalliques du chaperon d'une chasuble du XVe siècle

du Musée des tissus de Lyon. Photos Christian Degrigny / détail des filés métalliques avant et après nettoyage. Photos Stéphanie Ovide

La conservation et la restauration guident aussi les recherches en électrochimie de Christian Degrigny à la Haute Ecole Arc. Avec son équipe, le chercheur a mis au point un pinceau électrolytique pour assurer le nettoyage précis de pièces métalliques enchâssées dans des objets de grande valeur patrimoniale, sans démontage. L’une des démonstrations les plus spectaculaires de l’habileté de cet outil, baptisé Pleco, est sans doute la restauration des pièces du trésor de l’abbaye de Saint-Maurice d’Agaune, en Valais, réputé aussi estimable que celui de Conques. Les ors et les argents des joyaux ont pu être nettoyés et ravivés, sans dommage pour les bois et les pierreries jouxtant les éléments métalliques.

Avec toute la délicatesse dont il sait faire preuve, Pleco s’attaque même aux filés dorés cousus dans la soie des vêtements de facture aristocratique ou liturgique qui lui sont confiés. Il a déjà convaincu des restaurateurs dans de hauts lieux artistiques comme la villa Médicis à Rome, et a répondu à des commandes à Florence et à Ljubljana en Slovénie. « Le pinceau, équipé d’une cellule électrolytique et d’un tampon en mousse microporeuse, distille une solution de traitement qui est acheminée jusqu’à lui depuis un réservoir par des pompes à membrane, explique Christian Degrigny. Les différentes pièces du pinceau sont actuellement réalisées par impression 3D et découpe laser dans le FabLab de Neuchâtel, installé à la HE-Arc. L’idée étant de mettre à disposition les plans de montage sur le net pour une fabrication à la demande ». Cependant, les pompes qui, elles, sont achetées dans le commerce, sont trop coûteuses pour assurer un plein succès au dispositif. L’équipe de Christian Degrigny travaille à la réalisation d’une nouvelle pompe qui pourrait amener Pleco vers le développement voulu : une solution pratique, efficace et peu onéreuse au service des conservateurs et des restaurateurs, pour un travail en toute autonomie dans les musées et les laboratoires de recherche.

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… et l’aluminium sort de l’oubli

À côté de l’or et de l’argent, l’aluminium fait figure de parent pauvre, autant par le déficit de connaissance dont il souffre que par son manque de prestige. Pourtant l’aluminium a tenu une place de haut rang à ses débuts, dans la seconde moitié du XIXe siècle, et constitue l’un des matériaux phare du patrimoine industriel. Le projet ETICAL mené par Christian Degrigny vise à donner un regard nouveau sur les objets en aluminium, avec des données sur leur composition et leur corrosion, à partir d’une base documentaire de quelque quatre cents pièces. « On y trouve notamment un ensemble tasse et soucoupe très finement ciselé, comportant des éléments en or, ou encore de magnifiques lunettes d’opéra décorées de motifs sculptés. »

fauteuil de jardin       

Passé cet « âge d’or de l’aluminium », le métal perd son caractère précieux avec de nouvelles techniques de fabrication qui le rendent plus abordables.

Il devient un matériau de prédilection du design, à qui il a donné un nombre incalculable de sièges, d’armoires et autres lampes, et s’investit dans de nombreux domaines de la production industrielle.

« Fondu, retravaillé, l’aluminium a donné lieu à de nombreuses réutilisations au fil du temps, et il est difficile de caractériser tous ses alliages. Notre objectif est de mettre à profit notre expertise technique pour apporter de la connaissance, susciter l’intérêt et aider à la conservation de ces objets. » Et par exemple comprendre comment des bijoux ethniques sont nés de simples gourdes oubliées par des soldats européens sur le sol africain…

Examen d'un fauteuil de jardin par l'équipe d'EtICAL.

Design de Marcel Breuer (1902-1981),

réalisé par Embru-Werke AG, Rüti, 1936, LM 170419.

Photo Christian Degrigny

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Céramiques en pleine lumière

Redonner vie à des œuvres oubliées, à des objets ou des structures abîmés est aussi du ressort des nouvelles technologies, et parmi elles la 3D. La plateforme technologique de la MSHE Ledoux à Besançon met à la disposition des chercheurs des équipements d’acquisition numérique, dont deux scanners GOM à lumière structurée, financés alors par la Région Franche-Comté. Extrêmement précis, ces scanners sont capables de générer de l’information en trois dimensions en analysant la déformation de motifs lumineux projetés à la surface d’un objet. Ils ont été utilisés l’an dernier lors d’une mission aux États-Unis par Damien Vurpillot et Valérie Taillandier, doctorants en archéologie au laboratoire Chrono-environnement. Les jeunes chercheurs ont réalisé des acquisitions 3D de céramiques revêtues d’un engobe noir très brillant, datant de l’époque romaine, dans le cadre du programme de recherche international Hidden Treasure of Rome, dont la MSHE est partenaire.

Les céramiques étudiées sont issues de dépôts funéraires attribués à la période du Ve au Ier siècle avant J.-C., mais dont la découverte remonte à la fin du XVIIIe siècle seulement, dans un quartier de Rome alors en plein réaménagement. « La numérisation permet d’étudier de très près les marques portées par ces objets oubliés depuis des siècles, afin de déterminer s’ils ont été utilisés, et de quelle manière, avant d’être déposés dans les nécropoles. Elle rend par ailleurs possible la mise en ligne de leurs représentations en 3D dans un souci de communication au plus grand nombre ».

Ces céramiques, dont la préservation est exceptionnelle, ne sortent que très rarement des Musées Capitolins de Rome où elles sont conservées, et qui comptent plusieurs milliers d’artefacts de cet acabit dans leurs collections. Le projet de numérisation mené avec l’université du Missouri doit se poursuivre lors d’une seconde campagne programmée d’ici la fin de l’année 2017.

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FabLab : de l’idée à la création, en temps (presque) réel

Dans les FabLabs, on ne fabrique que des pièces uniques, des objets d’art si l’on veut, ou de toutes petites séries. « L’essence du FabLab est de favoriser un processus de création ouvert », rappelle Jérôme Mizeret, coordinateur recherche appliquée et développement à la Haute Ecole Arc, et fondateur du FabLab de Neuchâtel, qui se met au service des personnes extérieures autant qu’aux usagers de l’école, où il est abrité.

L’une des originalités de la démarche de fabrication dans un FabLab est que le concepteur et l’utilisateur du produit ne font souvent qu’un. « Les créateurs réfléchissent avec les machines à côté d’eux, ils peuvent intervenir à tout moment dans un processus créatif en définitive plus remarquable que la fabrication elle-même ». Imprimantes 3D pour produire des objets en plastique, en résine photosensible ou à base de poudres, équipements de découpe laser…, le « laboratoire de fabrication » met aussi à disposition la plateforme de développement électronique Arduino ; il s’agit d’une carte équipée d’un microprocesseur, qui rend possible l’activation de n’importe quel automatisme : elle génère les mouvements d’un dispositif scénique, ceux d’une caméra ou encore écrit un script lumineux.

Le FabLab intéresse le bricoleur comme l’entrepreneur, il est aussi très prisé par les artistes, les designers ou les architectes, qui, de la découpe sur papier à la sculpture 3D, peuvent donner libre cours à leur imagination en toute autonomie. Car il n’est nullement besoin d’être technicien pour être créateur dans un FabLab : manipuler ces équipements, qu’une rapide formation rend simples d’accès et modulables à souhait, est un jeu d’enfant.

Le FabLab de Neuchâtel participera à la treizième édition de la triennale de sculpture Bex et Arts, qui réunira en plein air des artistes sculpteurs venus de toute la Suisse autour du thème de l’énergie, du 4 juin au 15 octobre 2017 à Bex.

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La réalité augmentée, pour ressentir plus intensément une œuvre

La réalité augmentée n’est pas en reste en matière de valorisation des chefs-d’œuvre de l’art ou du patrimoine. À la Haute Ecole Arc de Gestion, Francesco Termine et son équipe spécialisée dans les systèmes d’information ont créé en janvier 2015 la spin-off MTIS, pour Mobile Tour Information System. Une société chargée de promouvoir et de commercialiser, sur le marché de l’Arc jurassien suisse, l’application mobile StoriaBox qu’ils ont inventée.

La création d’itinéraires scénarisés au cœur de musées ou de sites touristiques est le fil conducteur de StoriaBox. Pas moins de neuf balades immersives dans une réalité reconstituée sont déjà inscrites à l’actif de la jeune société, lui apportant reconnaissance et crédibilité. Placés sur le chemin des visiteurs, des mosaïques, des statues ou des vestiges de pierre s’animent par l’intermédiaire d’une tablette qui les fait revivre dans une mise en scène historique ou artistique. « Pour compléter ces visites scénarisées, MTIS veut développer d’autres produits, par exemple basés sur le concept d’interactivité, répondant aux besoins spécifiques des musées », commente Francesco Termine.

Inscrite au programme des activités, la création d’une œuvre picturale contemporaine. Pour raconter la genèse de son œuvre, l’artiste prend des photos à chacune des étapes de sa démarche. Grâce aux moyens de la réalité augmentée, les images se superposent sur le tableau achevé puis se révèlent en autant de « couches » successives du processus créatif. Un rendu aussi spectaculaire que pédagogique, du plus bel effet lors d’un vernissage…

« La réalité augmentée se met au service de l’œuvre artistique, elle n’enlève rien à la contemplation ou à l’émotion que celle-ci peut susciter, mais par moments, au cours d’une visite dans un musée, lui apporte une certaine valeur ajoutée », estime Francesco Termine.

 

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Comme la musique, les variations technologiques sont infinies

Au Département mécanique appliquée de l’Institut FEMTO-ST, Romain Viala met les outils de simulation numérique les plus pointus au service de la musique, et plus précisément des instruments à corde que sont le violon et la guitare. L’étude des comportements vibratoires des structures est l’un des fers de lance du laboratoire. Ces compétences trouvent aujourd’hui une déclinaison inédite, et l’arrivée du doctorant Romain Viala à FEMTO n’y est pas pour rien. Le jeune chercheur en vibrations et acoustique est en effet lui-même musicien et fabrique des instruments à ses heures perdues. Sensible aux nuances du son comme aux attentes de ses amis luthiers, il a le profil idéal pour mener à bien le projet qui tient à cœur le directeur du département, Emmanuel Foltête, et ses complices chercheurs, Scott Cogan et Vincent Placet : tester le comportement vibratoire des bois de lutherie, et de là proposer aux artisans un logiciel leur permettant de vérifier et renouveler leurs concepts de fabrication à moindre coût.

modèle de violon CAO

Conception assistée par ordinateur, modèle éléments finis et mode de vibration de violon complet

« La qualité d’un instrument est subjective, parce que la perception sonore est propre à chacun, souligne Romain Viala. Il faut compter aussi avec l’appréciation personnelle portée à un design, à une marque… » Mais les vibrations dans un violon ou une guitare sont, elles, totalement objectives et mesurables. Elles servent de base au chercheur pour la modélisation d’instruments existants. Une fois le modèle numérique proche de la réalité, à force de mesures et d’ajustements, il « ne reste plus qu’à » modifier un par un les paramètres susceptibles de modifier le son, pour créer des instruments qui produiront exactement le timbre voulu. « La simulation numérique a confirmé les enseignements de l’expérience, que les luthiers se transmettent de génération en génération : le design est prépondérant par rapport au bois, même si la rigidité du bois en torsion de la table d’harmonie, ainsi que l’épaisseur de la table et celle du fond, jouent un rôle majeur dans la vibration, donc dans l’acoustique. » Elle révèle aussi des perspectives, comme l’importance capitale du nombre, de l’épaisseur et du positionnement des barres situées derrière la table d’harmonie d’une guitare. Elle permet de tester de nouveaux matériaux, notamment composites, ce qui n’est pas de moindre intérêt compte tenu des difficultés actuelles pour s’approvisionner en bois exotiques traditionnels. Le logiciel que veut à terme développer et commercialiser Romain Viala par le biais de la création d’une start-up aidera à la prise de décision des luthiers. Le prototypage virtuel rendra possible le test de différents designs et matériaux, fiabilité et gain de temps en sus. Une solution informatique qui ne devrait pas manquer de favoriser l’innovation musicale…

 

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Music and lights

Dans Sphericall, la musique est utilisée pour créer des images lumineuses en 3D. Volume, balance, égaliseur…, un opérateur règle les paramètres des sons sur une table de mixage tactile, ce qui génère la construction d’une sphère lumineuse. L’expérience montre comment un humain peut interagir avec des systèmes complexes pour influencer la création d’un monde artificiel. « Ces systèmes multiagent sont des modèles issus de l’intelligence artificielle distribuée ; ils comportent différentes entités autonomes et proactives, interagissant entre elles et avec leur environnement », explique Franck Gechter, enseignant-chercheur en informatique, responsable de la filière Images, interactions et réalité virtuelle (I2RV) de l’UTBM. Résultat : une magnifique sphère de couleurs et de lumière, présentée au festival des arts numériques OFFF à La Villette, réalisée en collaboration avec la société THARSIS SOFTWARE.

Les nouvelles technologies seront par ailleurs partie prenante d’un spectacle vivant proposé par Michele Cremaschi, qui sera accueilli en résidence d’artiste en octobre prochain à Belfort. L’artiste italien sera aidé dans sa démarche par les étudiants et les chercheurs en informatique de l’UTBM, qui mettront à sa disposition leurs compétences et leurs équipements technologiques. « Tout part de l’analyse d’éléments du monde réel, qui constituent un référentiel dont la réalité augmentée va se servir pour créer des éléments virtuels, qui viendront s’ajouter à la prestation scénique des artistes », raconte Franck Gechter. Un résultat ébouriffant, à voir plutôt qu’à raconter…

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Sbarro, le contre-exemple ?

prototype Mojave

Mojave, la dernière création des élèves ESPERA Sbarro, au salon de Genève 2017

Photo François Jouffroy, UTBM

Chez ESPERA Sbarro, c’est toujours la main qui guide le travail. De l’idée première à la réalisation finale, la conception assistée par ordinateur, pas plus que d’autres moyens technologiques, n’a de place dans la création des chefs-d’œuvres de design automobile qui s’exposeront fièrement au salon de Genève et au Mondial de Paris. Pierre Guenebaut, directeur de la célèbre école, qui depuis 2009 a rejoint les rangs de l’UTBM, explique sa philosophie : « une immersion dans la matière, autant pour la partie mécanique que pour la carrosserie ».

Rentrée 2016 / 2017 : « hot rod » est le thème de l’année. Avec plus ou moins d’aisance artistique, chacun des vingt-cinq étudiants de la promotion jette sur papier ce qu’il en imagine. Les dessins et les idées convergent ensuite pour faire émerger LE style qui présidera à la création d’un modèle inédit. La réalisation d’une maquette au 1/4e donne une idée de la chose en 3D, et précède la fabrication du véhicule à l’échelle 1, « toujours à la main et sans CAO », précise Pierre Guenebaut. Lors de cette ultime étape, des blocs de mousse s’agglomèrent autour d’un noyau en bois pour créer un master, une maquette pleine à qui râpes, gouges et papier de verre habilement manipulés apportent un design définitif. Une dizaine de moules souples en composite sont alors appliqués sur le master ; la matière une fois durcie donne forme à la coque : Mojave est la dernière-née des ateliers de l’école ESPERA Sbarro !

La mécanique prend alors la relève. « C’est le style qui guide la forme du châssis. Bien sûr, les élèves doivent travailler en équipe et se montrer doués pour l’anticipation : la réussite de la démarche de création en dépend. » Design ou mécanique ? Tous les étudiants passent par les différentes étapes, et c’est la polyvalence de l’expérience qui souvent les aide à faire des choix pour le futur. Après dix mois passés à ESPERA Sbarro, certains s’orientent vers une formation complémentaire en mécanique ou en design, la plupart travailleront à la restauration de véhicules anciens ou à la réparation de voitures d’exception, feront leurs armes chez des constructeurs ou dans des écuries de courses, et quelques-uns mettront à profit leur tout nouveau savoir-faire dans le traitement de la matière composite pour la réalisation de mobilier design ou de coques de bateaux.

« Bien sûr, la technologie entre d’une certaine manière dans nos prototypes », concède Pierre Guenebaut. Intencity, en 2012, était un modèle sportif et néanmoins tout électrique, réalisé avec la complicité des spécialistes en énergie de l’UTBM ; même démarche pour Sparta Concept et Réact’EV, deux prototypes hybrides qui ont permis à l’École Sbarro et à l’UTBM de participer au prestigieux Rallye Monte-Carlo des énergies nouvelles en 2014. Des partenariats industriels ont donné l’occasion de présenter des tableaux de bord high-tech ou d’équiper certains prototypes de télématique embarquée. « Mais prendre en considération ces éléments n’a que peu d’impact sur la création du design. »

 

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Art ou technologie?

  amibes

Ni poteries modernes, ni objets de décoration, ce sont des thèques d’amibes. Ou, dit plus simplement, des coquilles d’organismes de taille microscopique que Maxence Delaine, lors de sa thèse au laboratoire Chrono-environnement, a prélevés dans les tourbières pour caractériser leur composition chimique.

Le jeune chercheur a démontré que certaines thèques sont constituées de quartz et de verres volcaniques, des silicates qu’il a mis en évidence grâce aux moyens de la microscopie électronique à balayage.

Un peu en marge de son analyse scientifique, il a colorisé les minéraux pour rendre leur arrangement plus esthétique, ce qui donne en photos ces œuvres d’art miniatures, créées par Dame nature et mises en beauté par la technologie. Ce cliché a valu à son auteur le prix de la meilleure photographie scientifique au concours d’imagerie international de la société de micropaléontologie, en 2016.

 

Contact :

 

Contacts :

Isaline Deléderray-Oguey - Institut d’histoire de l’art et de muséologie - Université de Neuchâtel

Tél. +41 (0)32 718 17 37

Edith Joseph / Christian Degrigny - Haute Ecole Arc Conservation-Restauration

Tél. +41 (0)32 930 19 19 / 19 39

 

Damien Vurpillot - MSHE Ledoux – Maison des sciences de l’Homme et de l’environnement Claude Nicolas Ledoux

Université de Franche-Comté / UTBM / CNRS

Tél. +33 (0)3 81 66 51 51

 

Francesco Termine - Haute Ecole Arc de Gestion

Tél. +41 (0)32 930 20 81

 

Romain Viala - Département mécanique appliquée - Institut FEMTO-ST - Université de Franche-Comté / ENSMM / UTBM / CNRS

Tél. +33 (0)3 81 66 60 10

 

Franck Gechter - UTBM

 

Jérôme Mizeret - Haute Ecole Arc

Tél. +41 (0)32 930 11 15

 

Pierre Guenebaut - École ESPERA Sbarro - UTBM

Tél. +33 (0) 3 84 58 39 37

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