À moins de 2 000 kilomètres du sol, les orbites basses de la Terre accueillent des satellites d’observation pour la météorologie ou la surveillance des récoltes, des satellites de télécommunication, des stations spatiales…, et des tonnes de débris générés par les activités humaines dans l’espace.
En mai 2026, l’Agence spatiale européenne estimait leur nombre à 140 millions, dont 1,2 million d’une taille supérieure à 1 cm, réputée suffisante pour causer de graves dommages, voire des destructions, en cas de collision avec des satellites ou des engins spatiaux traversant ces orbites.
Alors que les orbites basses sont de plus en plus fréquentées, retirer une partie de ces débris n’est plus une option mais une nécessité, une vision partagée par l’ensemble de la communauté spatiale internationale (voir l’article Faire un peu de ménage dans l’espace paru dans le journal en direct n°286 janvier-février 2020).
Onze équipes d’experts en astrophysique ont ainsi chacune établi une liste des cinquante objets jugés les plus préoccupants à soustraire en priorité de l’espace proche, des listes combinées entre elles pour donner lieu à un classement commun.
Une démarche questionnée et complétée par l’approche d’une équipe d’économistes, composée d’Annick Laruelle (Ikerbasque, la Fondation Basque pour la Science, et professeure invitée au CRESE et à l’UMLP) et de membres du CRESE.
Encore peu de chercheurs dans le monde travaillent sur la question des débris spatiaux et du financement de leur nettoyage. Autour des recherches impulsées depuis plusieurs années par les économistes Sylvain Béal et Marc Deschamps, l’équipe du CRESE, elle, s’est étoffée, et développe des collaborations notamment avec l’Italie et l’Espagne, sur un sujet aux forts enjeux technologiques, environnementaux et économiques.
« Concernant ce classement agrégé, nous avons voulu attirer l’attention des spécialistes sur le fait qu’il est très rare que des résultats ne soient pas impactés par la procédure choisie », explique Marc Deschamps. Les économistes ont ainsi proposé d’étudier le classement des 50 objets, avec les outils de la théorie du choix social : une discipline à la croisée de la théorie économique, des mathématiques et de l’informatique théorique (voir l’article Failles dans le scrutin majoritaire paru dans le journal en direct n°287 mars-avril 2020).
Cette recherche souligne que, selon la façon de prendre en compte les évaluations de chacun des objets en fonction de leurs différentes positions dans les onze listes, l’ordre des priorités peut être différent.
Ainsi l’étude de la robustesse du classement a montré son intérêt pour opérer des choix, a mis en évidence un fort consensus entre les conclusions des onze équipes d’experts, et a retenu l’attention des auteurs qui avaient proposé ce classement final.
Validée en fin d’année dernière par une publication dans l’une des plus prestigieuses revues en ingénierie aérospatiale, Acta Astronautica, cette recherche a été soutenue en France par le CNES (Centre national d’études spatiales), qui l’a mentionnée dans sa newsletter, une première pour un travail en sciences humaines et sociales. Le CRESE a depuis une convention de recherche avec le CNES, jusqu’en 2028.