Université de Franche-Comté

Transports postaux et ponctualité au XVIIIe siècle

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Être à l’heure est peut-être pour certains une bonne résolution pour la nouvelle année… Ce souci de la ponctualité, si important pour le bon fonctionnement des sociétés modernes, est une notion qui apparaît au XVIIIsiècle, une époque qui voit se développer la mobilité parallèlement à la diffusion des instruments de mesure du temps. La circulation des biens, des personnes, et surtout de l’information connaît alors un véritable tournant.

Catherine Herr-Laporte a étudié l’émergence de la ponctualité dans la thèse en histoire des techniques qu’elle a soutenue à l’université de Neuchâtel l’an dernier, en s’attachant au cas des transports postaux en France. « Gagner en vitesse était déjà une volonté avant la naissance du chemin de fer. Au XVIIIsiècle, faire circuler l’information le plus rapidement possible répondait à des impératifs économiques, militaires, politiques et admi­nistratifs : l’administration se devait de satisfaire au mieux la clientèle, et bénéficiait pour cela de certaines prérogatives. »

Les voitures postales étaient ainsi les seules dont les chevaux avaient le droit d’aller au galop ; les relais leur permettaient de troquer des montures épuisées contre des chevaux frais toutes les heures. En analysant les archives de l’administration postale, la doctorante remarque qu’entre 1765 et 1780, la vitesse d’acheminement du courrier augmente de façon notable, jusqu’à être multipliée par deux sur certains axes. « Pourtant, on ne peut toujours pas aller plus vite qu’un cheval, et même si la mise en place d’une politique routière apporte des améliorations, les routes demeurent en terre battue, constellées de trous, et les accidents sont nombreux. »

Delpech, François Séraphin (1778-1825), d’après Horace Vernet (1789-1863). Malle-poste, lithographie, s. d. (vers 1830), inv.CMV.794. Phot. RMN-Grand Palais (domaine de Compiègne) – Agence Bulloz. © Agence photographique de la Réunion des Musées Nationaux : 01-023982.

C’est en réalité grâce à des progrès dans l’organisation, liés à une meilleure coordination temporelle, que les transports postaux gagnent en célérité. Les employés, les postillons et les usagers doivent tous être en même temps au bon endroit : cet impératif devient possible grâce à la diffusion des instruments de mesure du temps, et déjà des montres de poche, qui n’étaient pas seulement l’apanage du luxe comme on pouvait le penser.

Si à la fin du XVIIsiècle, le départ d’une voiture est annoncé pour un jour donné, sans beaucoup plus de précisions, au XVIIIsiècle il commence à être indiqué avec des heures, auxquelles s’ajoutent ensuite les minutes. La ponctualité et son pendant, la peur du retard, deviennent une préoccupation majeure, avec en toile de fond la morale de l’époque et les enjeux économiques qui font valoir que le temps est précieux et qu’il ne faut pas le gaspiller.

Les défaillances techniques ou humaines, les erreurs d’appréciation de la durée d’un trajet, les conditions de la route sont autant de défis pour la conception balbutiante de la ponctualité. « Au XVIIIsiècle, l’accès au temps se généralise grâce à la possibilité de le mesurer mécaniquement. Une nouvelle conscience du temps apparaît, qui se propage peu à peu à tous les domaines et pose les fondements, toujours actuels, du fonctionnement de la société », conclut Catherine Herr-Laporte.

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