Âgés de 8 à 18 ans, les jeunes orphelins avec lesquels Séphora Besançon s’est entretenue au cours de sa thèse en sociologie1 se sont tous montrés contents d’être entendus.
Habitués à raconter encore et toujours leur histoire à chaque changement d’institution et aux différents acteurs de la protection de l’enfance qu’ils sont amenés à rencontrer, c’est presque de façon mécanique qu’ils se sont d’abord ouverts à elle. La confiance s’installant, le discours s’est fait plus naturel, plus personnel aussi.
Séphora Besançon a ainsi suivi, pendant trois à cinq ans, huit jeunes orphelins placés dans des structures associatives ou étatiques. Un cheminement sur le long terme entrepris dès son master, avec une question sous-jacente : comment la socialisation se passe t-elle pour des enfants privés de parents et vivant hors d’un cadre familial ?
La jeune chercheuse relève que malgré une évolution juridique, « la voix et la capacité d’agir des enfants et adolescents demeurent limitées en institution, un cadre sécurisant, mais aussi enfermant ».
Pour recueillir leur parole, Séphora Besançon a mis en place des méthodes tenant de la sociologie, et développé des outils participatifs à base de dessins numériques, des images GIF, pour les aider à exprimer leurs pensées et ressentis. « La capacité d’agir de ces jeunes, leur agency, pour reprendre le terme de sociologie adéquat, prend la forme de pratiques le plus souvent discrètes pour contourner les règles. »
Dans un monde où les décisions sont prises uniquement par les adultes, c’est au quotidien qu’il est possible de gagner une marge de liberté, de petites actions en véritables stratégies.
C’est réussir à fourrer quelques chips dans ses poches à la sortie de la cantine ou courir dans les couloirs à l’insu des surveillants ; à glisser dans un téléphone « non déclaré » la carte SIM de son portable déposé dans un panier pour la nuit ; à se montrer discipliné à certains endroits pour mieux endormir l’attention ailleurs ; à couvrir la fugue d’un copain de dortoir…
Séphora Besançon souligne le fait que les liens sont très étroits entre les jeunes orphelins, qui, unis par une histoire commune, se considèrent parfois comme frères et sœurs.
« C’est encore plus vrai dans la maison d’enfant à caractère social (MECS) enquêtée, où, en principe, les placements sont les plus durables. » Et où la relative stabilité des équipes professionnelles permet de créer une « famille institutionnelle », dans laquelle les encadrants sont des figures de soutien et de soin.
« C’est un équilibre plus difficile à obtenir dans les foyers, parce que le turn-over y est plus important, remarque la jeune chercheuse. Les jeunes orphelins sont alors à nouveau confrontés à des situations de séparation, ils ont à faire le deuil de leurs référents éducatifs. »
Aujourd’hui chercheuse associée au LaSA, Séphora Besançon poursuit ses travaux à l’Observatoire régional de santé Bourgogne - Franche-Comté, où elle occupe un poste de chargée d’études sur les parcours de soins des enfants placés en institution.
À lire aussi : Familles d’accueil en équilibre fragile paru dans le journal en direct n°321 novembre-décembre 2025.