Au cœur de nombreux débats en France, la laïcité est invoquée pour résoudre des conflits ou des questionnements d’ordre religieux sur la place publique, souvent de manière inappropriée.
Car la laïcité est une notion juridique, dont les principes simples sont énoncés dans le droit. La laïcité régit les rapports entre les Églises et l’État, à qui elle impose la neutralité religieuse : aucune religion ne doit obtenir la reconnaissance de l’État, pas plus que souffrir de son désaveu. Ce principe pose les bases de la liberté religieuse : les pouvoirs publics ne peuvent ni imposer de croyance, ni témoigner d’une quelconque discrimination envers des citoyens pour des raisons de religion.
Mais au-delà du droit, la notion de laïcité se teinte de considérations politiques, philosophiques, sociologiques et historiques. Ce camaïeu d’influences explique que le terme soit imprécis, voire galvaudé, au point parfois de devenir un étendard brandi pour régler des questions qui devraient en réalité lui rester étrangères.
Dans son ouvrage Démystifier la laïcité, le juriste Henri Bouillon1 reprend les fondements du droit qui rationnalisent la laïcité et délimitent son périmètre de compétence. Une mise au point nécessaire pour lui rendre sa clarté, gage de son utilité juridique, et la protéger de toute instrumentalisation.
L’auteur rappelle ainsi que la notion de laïcité n’a pas vocation à intervenir dans l’organisation de la société française, et que le règlement de certaines questions ou polémiques relève le plus souvent d’autres principes de droit, comme la liberté religieuse ou le respect de l’ordre public. Utilisée à mauvais escient, « la laïcité devient une arme de conflit, alors qu’elle devrait pacifier les relations publiques. »
Henri Bouillon relève cependant que les principes décrits par le droit doivent se confronter à la réalité sur le terrain, ainsi qu’aux idéologies, illustrées par deux grandes doctrines opposées.
Le laïcisme considère que le religieux est un facteur de division sociale, et qu’il doit pour cette raison se cantonner à la sphère privée. La laïcité ouverte prône la libre expression publique de toutes les croyances, arguant qu’elles font partie intégrante de l’identité d’une personne. « Il est important d’étudier juridiquement la laïcité pour pouvoir dépasser cet antagonisme. »
Henri Bouillon opère des rappels historiques et fait référence à des sujets d’actualité pour donner des clés de compréhension d’une notion décidément très controversée. Il est ainsi et entre autres question de la loi de séparation de l’Église et de l’État de 1905, qui n’est pas à confondre avec la laïcité, de la non reconnaissance des religions par les pouvoirs publics, qui n’empêche pas leur connaissance et l’existence de liens, du respect de la neutralité de l’État dans les services publics et chez leurs agents…
De l’installation d’une crèche de Noël dans une mairie au port du burkini dans une piscine, du débat sur le port de la soutane dans la rue au début du XXe siècle à celui du foulard lors de sorties scolaires de nos jours, l’ouvrage fournit des exemples parlants pour mieux cerner toute la complexité associée à la notion de laïcité.