Université de Franche-Comté

[Ma thèse en 180 secondes]

L’impact de la guerre sur l’eau : sujet gagnant en finale suisse

Tout conflit armé malheureu­sement fait ses victimes. L’eau n’en sort pas non plus indemne : plus précisément, les processus hydrologiques, façonnés pour les besoins des activités humaines, se voient impactés par la guerre. Barrages détruits, pompes à l’arrêt et déplacements des activités agricoles modifient les dynamiques de l’eau, qui pour des raisons évidentes sont difficiles à étudier sur le terrain.

Jeune chercheur à l’université de Neuchâtel où il termine sa thèse en hydrogéologie1, Saeed Mhanna réussit à contourner la difficulté en observant les effets de la guerre sur l’eau… depuis le ciel.

Il utilise la télédétection par satellite pour étudier les évolutions de la végétation, des débits des rivières et des mouvements du sol. Ces données sont ensuite combinées et analysées grâce à des outils d’apprentissage automatique et des méthodes statistiques, pour pouvoir quantifier et interpréter les phénomènes observés.

Cette démarche de recherche originale a ainsi révélé des transformations autrement insoupçonnables sur deux terrains de guerre, la Syrie et l’Ukraine.

Elle a emporté l’adhésion lors du concours de médiation et d’éloquence Ma thèse en 180 secondes (MT180), dont Saeed Mhanna a gagné la finale suisse en mai dernier. Gratifié du premier prix du jury et du prix du public, le jeune chercheur a établi un palmarès identique à celui de la sélection régionale à Neuchâtel, deux doublés remarquables !

L’un des enseignements majeurs de son étude concernant la Syrie est le changement radical du régime hydrogéologique sur l’un des territoires les plus fortement impactés par la guerre, qui s’est traduit par l’abandon de millions d’hectares de culture.

« Les superficies cultivées ont ici chuté de 21 à 24 % depuis 2013, signifiant moins d’irrigation et moins de pompage. L’observation satellitaire montre comment le débit des rivières a augmenté et les sources ont été réactivées. Le soulèvement du sol est visible, atteignant jusqu’à 4 cm pendant les années humides, ce qui témoigne d’une récupération spatiale variable des eaux souterraines », constate Saeed Mhanna, qui évoque le côté positif de ce bouleversement lors de sa présentation : « C’est comme si le paysage s’était remis à respirer ».

Cette évaluation de la dynamique du stockage de l’eau évoque néanmoins pour le jeune chercheur une réelle problématique pour l’exploitation de ces eaux souterraines à l’avenir.

En Ukraine, la destruction du barrage Kakhovka en juin 2023 a provoqué une véritable catastrophe. « En deux ans, l’équivalent du lac Léman s’est déversé dans la mer. C’est tout le processus hydrologique qui est depuis perturbé à l’échelle du bassin. » Mais les satellites ont aussi montré qu’à la place de ce réservoir, des zones humides effacées depuis des décennies sont réapparues.

Le signe d’une mémoire retrouvée, selon le jeune chercheur, qui, originaire du Liban, entend bien laisser une place à l’espoir dans le chaos que provoque la guerre, y compris sur la dynamique de l’eau.

1 L’eau comme victime de la guerre : preuves par télédétection et apprentissage automatique des transformations hydrologiques.
Crédit photos
1 : Freepik
2 : Roger Starnes Sr – Unsplash

 

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