Université de Franche-Comté

[Cité impériale]

Besançon, c’était Byzance !

Dès le Moyen Âge et jusqu’à son rattachement au Comté de Bourgogne en 1664, puis à la France, Besançon était placée sous la souveraineté du Saint-Empire romain germanique. Sa vie politique et sa vie quotidienne étaient régies par des lois particulières. Une histoire longue de quatre siècles et pourtant méconnue, à découvrir de façon inédite dans l’ouvrage Besançon, cité impériale de l’historien Paul Delsalle.

Besançon n’a pas toujours été française, ni même franc-comtoise : pendant quatre siècles, elle fut une cité impériale et une ville libre. Un statut et un fonctionnement totalement originaux, âprement défendus par ses habitants depuis la fin du XIIIe siècle jusqu’en 1664, date à laquelle la ville-État est rattachée au comté de Bourgogne, la Franche-Comté actuelle, avant d’être annexée par le royaume de France dix ans plus tard.

Besançon était donc placée sous la souveraineté de l’empereur du Saint-Empire romain germanique, une tutelle qui lui vaut, de façon étonnante, de se faire appeler Byzance dans nombre d’écrits en allemand ! L’un de ces empereurs était le célèbre Charles Quint, dont le nom reste emblématique dans la région. Mais de Maximilien Ier à Léopold Ier, huit autres empereurs ont assuré la fonction de souverain de Besançon, ce qui est de moins grande notoriété.

Aucun d’entre eux en tout cas n’eut à se déplacer dans cette ville-État qui savait se gérer sans problème. Cependant, les notables allaient volontiers à leur rencontre dans différentes villes de l’Empire, et les relations avec la population étaient loin d’être inexistantes. Tout ce qui se rapportait aux empereurs était d’une grande importance et faisait l’objet de manifestations publiques, depuis les festivités de rue lors de leur accession au trône jusqu’à la célébration de leurs obsèques dans les cathédrales de Besançon.

De ces quatre siècles d’un passé aussi singulier, il ne reste pourtant presque aucune trace visible. Aucun portrait des empereurs ou des gouverneurs de la ville dans les musées, aucune rue portant leur nom. Une histoire politique absente de la mémoire collective, mais précieusement conservée dans les archives.

Spécialiste de l’histoire de la Franche-Comté, qu’il a enseignée à l’UMLP, Paul Delsalle travaille sur celles de Besançon depuis trente-cinq ans.
Au fil du temps, il a consulté et analysé quantité de documents, dont il propose une restitution, à l’attention du grand public comme des historiens, dans l’ouvrage Besançon, cité impériale.

Un dictionnaire reconstituant sous la forme de notices les morceaux épars d’un immense puzzle, pour la période 1500-1664. Un travail de première main, fondé sur des documents d’archives pour la plupart inédits.

De délibérations de conseils municipaux en inventaires, de gravures illustrant la ville en dessins représentant ses habitants, Besançon se montre telle qu’à l’époque : une ville divisée en quartiers, appelés bannières, le mot ban signifiant pouvoir. « Les bannières étaient des circonscriptions administratives, électorales, fiscales et militaires […], des espaces de pouvoir civil, fortement ancrés et qui, inévitablement, réduisaient l’emprise religieuse sur la population. » Battant, Charmont et Arènes se partageaient la rive droite du Doubs, et Chamars, le Bourg, Saint-Pierre et Saint-Quentin occupaient la « boucle ».

 

Présidence en alternance

La ville était administrée par quatorze gouverneurs, élus le 24 juin de chaque année par leurs pairs, au sein d’une assemblée de notables et de seigneurs eux-mêmes élus par les « chefs de feux », au sens de foyer, ou famille, de leur quartier. La présidence des gouverneurs était assurée en alternance chaque semaine.

« Ce principe évite toute personnalisation du pouvoir dans une ville qui se dit république et s’inspire des idées de l’Antiquité. C’est pour cette raison que malgré leur puissance et leur influence, aucune des quelque cinquante familles qui forment l’élite ne se distingue en particulier, ne prend d’ascendant sur une autre, à la lecture des archives », explique l’historien.

Le pouvoir des gouverneurs s’étendait à tous les domaines : administration, finance, justice, police… Ils étaient eux-mêmes des petits empereurs, des souverains disposant du droit de vie ou de mort sur les Besançonnois. Le voisinage direct du palais de justice et de l’hôtel de ville, autrefois hôtel consistorial, s’explique par le cumul de leurs fonctions : les deux bâtiments étaient à l’origine réunis dans un même ensemble immobilier enclos.

Avec 12 000 habitants et un espace suffisamment grand pour les accueillir en son centre, sans besoin de développer des faubourgs extérieurs, Besançon témoigne à l’époque d’une densité de population relativement faible.

Elle change peu de visage, sans doute en raison d’une activité essentiellement tournée vers la culture de la vigne, figeant le paysage. Elle ne dispose pas d’industrie, mais l’artisanat y est varié. Les religieux et les lettrés, surtout des juristes, composent en grande majorité l’élite de la population de cette ville où l’on parlait français et latin.

« Besançon était de première importance en Europe car son archevêque, un personnage très puissant, était aussi prince du Saint-Empire. De ce fait, il siégeait à deux titres à la Diète, l’assemblée des représentants du Saint-Empire. »

Des Foires de Chamars à la « Surprise » huguenote de 1575, des­ Maisons et hôtels particuliers de la ville au premier projet de Citadelle, piocher dans Besançon, cité impériale, au gré de ses deux cents notices, garantit un voyage insolite à la rencontre de ce passé exceptionnel de la ville.

 

Légende photos
1 : Delsalle P., Besançon, cité impériale. 1500-1664, éditions Cêtre, 2026.
3 : Grâce impériale. Lettrine illustrée d’un portrait de l’empereur. Bibliothèque municipale, Ms 1621. Photo Paul Delsalle.
2 : Les « Quatorze » co-gouverneurs de la cité impériale. Bibliothèque municipale, Ms 1016. Photo Paul Delsalle.

 

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