On les trouve dans les cosmétiques, les pesticides, les climatisations, au fond des poêles antiadhésives, dans les boîtes à pizza, sur les vêtements imperméables, le fart des skis, les fils électriques…
Très utiles à l’industrie depuis les années 1950 pour le développement de nombreux produits de consommation courante, les PFAS1 ont malheureusement aussi contaminé l’air, les sols, les rivières, les mers, l’eau de pluie, la chaîne alimentaire.
On sait aujourd’hui la toxicité de certaines de ces molécules chimiques, qui font grand bruit dans les médias comme « polluants éternels ». Mais on ne connaît pas toutes les substances de cette immense famille, qui compte au moins 17 000 molécules, et encore moins leurs affinités et comportements, susceptibles de créer d’improbables « effets cocktail ».
En France depuis janvier 2026, vingt molécules, dont quatre jugées préoccupantes, font l’objet d’un suivi régulier dans l’eau du robinet.
Avec une loi qui prendra effet au 1er janvier 2027, le TFA, ou acide trifluoroacétique, le plus petit des PFAS, fera aussi son entrée dans la liste des suspects à surveiller.
Une initiative bienvenue pour Grégorio Crini, chimiste à l’UMLP / laboratoire Chrono-environnement : « On dit des PFAS qu’ils sont des polluants éternels. Certaines de ces molécules sont en effet très stables chimiquement. Mais d’autres, comme certains herbicides, médicaments et fluides frigorifiques, se dégradent dans l’environnement sous forme de TFA ».
Ce qui n’est pas une bonne nouvelle car cette molécule, qui vient d’être considérée comme toxique pour la reproduction par l’Agence européenne des produits chimiques, est la plus mobile de toutes les substances PFAS, elle est donc plus difficile à détecter et surtout à traiter.
Nadia Crini, Grégorio Crini et leurs doctorants à Chrono-environnement effectuent depuis plusieurs années des analyses sur l’eau, en vue de développer des traitements naturels pour éliminer les substances indésirables, tels que les perturbateurs endocriniens, qu’elle est susceptible de contenir.
Concernant l’eau distribuée à Besançon et les PFAS, leurs conclusions scientifiques de ces dernières années vont dans le même sens que les résultats d’études produits par l’Agence de l’eau en 2023, estimant que la source d’Arcier est particulièrement impactée par les PFAS, l’Agence régionale de santé et Grand Besançon Métropole en 2025 sur l’eau de la ville, ainsi que par l’Anses2 fin 2025 au niveau national.
Leurs travaux les plus récents viennent d’être publiés dans des revues de référence à l’international, l’une éditée par l’American Chemical Society, l’autre par Springer Nature.
Ils portent sur la recherche des vingt PFAS jugés les plus préoccupants et épinglés par la loi, et plus encore : soixante-cinq substances de cette famille au total ont fait l’objet d’une détection selon les méthodes fines mises au point à Chrono environnement, en collaboration avec un laboratoire accrédité de Poitiers. Les analyses concernent d’une part des eaux en bouteille provenant de onze pays, de l’autre l’eau du robinet à Besançon et dans onze villes de la région.
Les dizaines de bouteilles de l’échantillon, représentant quinze marques différentes, ne révèlent la présence que d’un seul composé PFAS sur soixante-cinq : le TFA.
« 100 % des bouteilles d’eau analysées contiennent des molécules TFA, avec un taux variant de 50 à 1300 ng par litre, soit une moyenne de 461 ng/L. Les bouteilles en verre en contiennent moins que les bouteilles en plastique, ce qui suggère que les plastiques pourraient poser problème, bien qu’ils ne comportent aucune des vingt molécules visées par la loi », explique Grégorio Crini.
Concernant l’eau du robinet, contrairement aux eaux embouteillées, les échantillons3 ont révélé la présence de douze des soixante-cinq molécules visées ; huit d’entre elles font partie de la « liste des vingt ». « Cependant, les valeurs cumulées de ces huit molécules sont inférieures à la limite de 100 ng/L qu’impose la loi pour la somme des vingt substances réglementées. »
Mais le TFA, lui, est présent dans 100 % des échantillons, à une concentration variant de 440 à 3 800 ng/L. Des valeurs quatre fois supérieures à celles de l’eau en bouteille, et quatre à trente-huit fois plus élevées que la norme réglementaire globalement appliquée aux PFAS4.
La surveillance active de la présence de TFA dans l’eau, notamment celle du robinet, est confirmée comme une priorité pour les chercheurs ayant collaboré à cette étude.