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Au fil des années, l’hydrogène conforte sa position d’instrument potentiel pour la transition énergétique. Simple composante du futur mix énergétique pour les uns, solution miracle pour les autres, l’hydrogène est avant tout considéré comme un objet technique et économique : les sciences humaines et sociales (SHS) voient leur rôle encore trop souvent se réduire aux questions d’acceptabilité technologique, en bout de chaîne du processus.
Mais la sociologie, l’histoire, la philosophie, la géographie, pour ne citer qu’elles, ont bien d’autres atouts dans leur jeu. Le dialogue entre ces disciplines, et entre SHS et sciences pour l’ingénieur, est à même de faire émerger des options inédites, profitables à la réflexion, en amont des processus de conception.
« Tenir compte des pratiques et des modes de vie des futurs usagers pour élaborer des solutions adaptées participe d’une démarche essentielle de co-construction, à mettre au service de la transition », explique Nicolas Simoncini, enseignant-chercheur en histoire et sociologie des techniques à l’UTBM / Institut FEMTO-ST/RECITS.
Le chercheur souligne l’importance de s’appuyer sur le terrain, sur « l’étude des milieux », et donne, à titre d’illustration, quelques résultats d’études menées avec son équipe sur l’île de La Réunion, dans des régions montagneuses sans accès possible au réseau électrique. « Les enquêtes auprès des habitants montrent combien le recours à des équipements de proximité est judicieux. L’installation individuelle de panneaux photovoltaïques sur les toits et de batteries dans les maisons autorise une relation renouvelée à l’énergie, menant à une diminution des consommations. C’est une source d’inspiration pour concevoir autrement les technologies de la transition. »
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Le chercheur pointe au contraire le « contenu politique et idéologique » des technologies de l’hydrogène. « Elles prolongent les modes de vie des sociétés industrielles, s’appuyant sur des réseaux de distribution immenses, des générateurs de grande puissance, des installations gigantesques… Une manière de fonctionner que l’on reproduit avec les solutions durables, en créant par exemple des champs entiers de panneaux solaires. Finalement, on ne fait que déplacer le problème de la crise écologique du côté de l’extraction minière, entre quantité insuffisante de minerais et pollutions. »
D’autres voies sont à explorer, qui vont dans le sens d’une plus grande sobriété énergétique et sont à chercher souvent localement, comme en témoignent les enquêtes menées à La Réunion. Dans le domaine de la mobilité par exemple, de récentes études scientifiques montrent les limites de l’option que représente la voiture électrique en France, en termes de capacités de production et de distribution électriques, et même d’impacts environnementaux et humains, malgré les bénéfices à attendre de solutions plus vertueuses.
« Nous ne pouvons pas ignorer que le modèle de la voiture individuelle est à remettre en question, et faire l’impasse sur le choix de solutions permettant tout de même de répondre aux besoins en mobilité. » Proposer de nouvelles configurations urbaines, favoriser les solutions de proximité et les transports en commun, investir différemment, selon d’autres bases de calcul…, les solutions sont encore nombreuses à imaginer, en lien avec les usagers.