Université de Franche-Comté

[Fait de société]

Rencontres en ligne : comment ça matche ?

« Homme, la soixantaine, revenus confortables, belle maison, cherche femme 35/45 ans, situation sans importance, pour sorties, balades et plus si affinités »… Comme les petites annonces paraissant jadis dans les journaux, les sites de rencontre sont un moyen à part entière de trouver un partenaire, voire son âme sœur. Et aujourd’hui comme hier, le modèle patriarcal ne manque pas d’être dominant, tout au moins sur Tinder.

Shutterstock – Tada

L’application, l’une des plus importantes du secteur, a été particulièrement étudiée dans ses recherches par Jessica Pidoux, sociologue du numérique et post-doctorante à l’université de Neuchâtel. « Sur Tinder, les algorithmes sont paramétrés de telle manière que les hommes matures et disposant de bons revenus voient leurs dossiers placés en haut de la pile, quand, à l’inverse, un bon niveau d’éducation ou de revenus font baisser le « score de désirabilité » des femmes, et donc leur place. »

Si la technologie évolue, certains modèles ont la vie dure. « Il ne faut pas oublier que derrière les algorithmes, ce sont des personnes qui décident des critères qui sont importants », poursuit la jeune chercheuse. « Sur Tinder, la position de l’homme est dominante. Sur Parship, c’est le salaire qui est mis en avant. Les utilisateurs ne sont pas conscients de ces paramétrages et des biais qu’ils peuvent induire. »

Dans des rencontres devenues « socio-techniques », qui mettent en scène des humains, des machines et des systèmes informatiques, la performance et la rapidité du traitement de l’information s’accompagnent de faux-semblants. D’autant que les systèmes ne se contentent pas de faire tourner les algorithmes avec les éléments indiqués dans un profil : ils récoltent aussi les informations qu’un utilisateur essaime sur internet au gré de ses navigations, pour nourrir ces algorithmes de façon implicite. Achat de vêtements, réservations de vacances, publication de photos…, tout laisse des traces sur le net et peut être réutilisé, comme chacun sait. Ou pas.

Pixabay – Brian Penny

Parce qu’au-delà de l’agacement à devoir gérer des préférences ou faire attention aux cookies à chaque fois qu’on consulte une page internet, on ne se rend pas compte en les zappant qu’on ouvre grand la porte sur nos informations, et qu’on les offre sur un plateau aux entreprises comme aux personnes malveillantes.

« Nous avons des droits sur nos données personnelles, qu’on peut demander aux plateformes numériques et à toute entreprise qui collecte des informations sur nous, mais souvent on l’ignore. De plus, ces données sont complexes et volumineuses, elles demandent une véritable expertise pour pouvoir être interprétées », explique Jessica Pidoux, qui parallèlement à ses activités d’enseignement et de recherche, a créé l’association PersonalData.IO, pour aider les internautes à consulter et à mieux comprendre ces données qui sont les leurs, mais qui ne leur appartiennent plus vraiment.

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