Zones marécageuses parfois difficiles d’accès, méconnues, un rien mystérieuses pour ne pas dire inquiétantes, les tourbières sont en passe de voir leur image changer.
Exploitées en agriculture pour la richesse de leur sol, elles ont aussi longtemps fourni à l’homme un combustible précieux. En témoigne un premier recensement réalisé en France en 1949, destiné à les localiser pour les besoins en chauffage des populations d’après-guerre.
Aujourd’hui, ce sont des considérations environnementales qui invitent à les répertorier, à les connaître mieux et à les protéger. Les stocks de carbone qu’elles recèlent, dans des épaisseurs de tourbe atteignant parfois plusieurs mètres, est d’une importance cruciale pour le climat : sous l’effet du réchauffement, le carbone s’échappe des tourbières dégradées, se transforme en gaz à effet de serre et alimente ainsi la spirale infernale.
Les tourbières sont par ailleurs des zones humides abritant une précieuse ressource « en eau verte » et une biodiversité particulière, qui font d’elles des écosystèmes à nul autre pareils.
Toutes ces dimensions apparaissent dans l’Atlas des tourbières de France, paru en octobre 2026 sous la direction de Daniel Gilbert, enseignant-chercheur en écologie au laboratoire Chrono-environnement / UMLP, et de sa doctorante Lise Pinault, qui a réalisé l’inventaire des tourbières avec la collaboration de nombreux acteurs de terrain.
« Cet ouvrage ne pouvait qu’être collectif, assure Daniel Gilbert. Les recensements ont mobilisé la participation et l’expertise de deux cents conservateurs d’espaces naturels régionaux, techniciens de l’Office national des forêts, chercheurs, qui ont apporté leur connaissance particulière d’un milieu. »
Car les tourbières prennent des visages variés, et leur inventaire a même permis d’en découvrir de nouvelles. Toutes ont été répertoriées selon 42 « écorégions », répondant chacune à des caractéristiques propres, du plateau de l’Aubrac dans le massif central au marais poitevin dans le bassin aquitain, de la Brière en vallée de la Loire aux collines de Normandie dans le massif armoricain, qui font l’objet d’autant de chapitres dans l’ouvrage.
Surfaces générales, volumes et épaisseurs de tourbe, volumes d’eau, stocks de carbone totaux et estimés par hectare et mètre de tourbe, les données chiffrées sont une originalité du livre ; elles complètent la localisation des tourbières, matérialisées avec leur superficie sur des cartes correspondant aux écorégions.
En préambule à l’atlas proprement dit, des pages d’introduction apportent des éléments de connaissance sur les tourbières : leur formation et leur écosystème, les relations historiques qu’entretiennent les hommes avec elles, les exemples de restaurations réussies, les programmes chargés de leur protection, le Service national d’observation, le pôle relais-tourbières installé à Besançon, la station expérimentale de Frasne (25)…
Très documenté, d’une présentation claire et abondamment illustrée, l’atlas fait d’ores et déjà figure d’ouvrage de référence et intéressera les passionnés tout comme les acteurs chargés de la protection de la nature.
La restauration et la sauvegarde des tourbières font l’objet du projet de chaire de recherche « Tourbières et climat » à l’UMLP.
Partenariat en préparation entre l’université et des entreprises désireuses de s’investir, par le biais du mécénat, dans le financement de travaux de recherche sur le sujet, cette chaire apparait comme une suite logique à la réalisation de l’inventaire et à la publication de l’atlas, et plus largement aux recherches sur les tourbières menées de longue date à Chrono-environnement.
Elle représente aussi un outil au service de la loi européenne sur l’environnement de 2024 et des acteurs qu’elle concerne : pour répondre à un enjeu désormais avéré prioritaire, cette loi impose la restauration de tourbières à usage agricole, qu’elle fixe pour l’ensemble des États membres à des objectifs et échéances on ne peut plus simples à retenir : 30 % en 2030, 40 % en 2040, et 50 % en 2050.
À l’échelle mondiale, les émissions annuelles de gaz à effet de serre issues des tourbières dégradées représentent 5 % du bilan total des émissions anthropiques : c’est plus que l’ensemble du trafic aérien sur la planète ! Restaurer les tourbières signifie donc contribuer à l’atténuation du réchauffement climatique, et c’est aussi diminuer la vulnérabilité des territoires.
La chaire « Tourbières et climat » propose de considérer au sens large la connaissance de ces zones humides si particulières, grâce aux apports complémentaires de différentes disciplines de recherche.
Si le suivi de l’inventaire et les études sur le terrain pour comprendre le fonctionnement des tourbières et établir leur bilan de santé sont au cœur des préoccupations, il s’agit aussi d’analyser leur évolution historique et de prendre en compte les enjeux sociaux, économiques et culturels liés à leur exploitation. C’est de cette façon qu’il sera possible d’assurer leur restauration et leur sauvegarde.
Pour en savoir plus, contacter FC’ INNOV, la fondation de l’UMLP portant les activités de mécénat de l’université : mecenat@fcinnov.fr.