Université de Franche-Comté

[Étude rétrospective]

Du plan d’urbanisme à l’action de terrain

Le nombre de logements construits dans une agglomération est-il conforme aux prévisions ? Quelle réalité les plans de déplacement urbain donnent-ils sur le terrain aux transports en commun, au vélo, à la voiture individuelle ou à la marche à pied ? Comment les textes officiels et les documents de planification locale abordent-ils la problématique de la mobilité ?…

Sous mandat du think tank Forum vies mobiles, l’étude Rétro-planning1 réalisée au laboratoire ThéMA répond à ces questionnements.

Pendant deux ans, elle a mobilisé les compétences de chercheurs en urbanisme et en analyse du discours pour mesurer les effets des plans élaborés depuis une trentaine d’années dans quatre agglomérations en France : Dijon, La Rochelle, Rennes et Strasbourg. Ses résultats sont désormais disponibles en ligne.

 

Analyses de textes et enquêtes de terrain

Alors post-doctorante en linguistique et analyse du discours, rédactrice du rapport final aux côtés de Thomas Buhler, urbaniste et responsable du projet à ThéMA, Annabel Richeton a effectué une analyse textométrique de documents de planification urbaine établis entre 1990 et 2023, à l’échelle de l’agglomération et de la commune.

Au fil des années et des réformes de la loi, elle constate dans les textes « un effacement du lexique de la mobilité » : des mots comme infrastructures ou moyens de transport s’éclipsent au profit de termes qui mettent l’accent sur l’environnement et sa protection.

« Après 2010, les documents recourent également davantage aux mots qui parlent de l’humain, du vivre-ensemble. Et comme dans les documents institutionnels de manière générale depuis les années 1980, on observe un lissage du discours, une façon d’exposer les choses qui veut ignorer l’existence de difficultés ou de conflits. »

Du côté du terrain, l’étude établit des bilans chiffrés. Elle montre par exemple qu’à Dijon, Rennes et Strasbourg, 50 % des objectifs de création de pistes cyclables, en termes de kilomètres, ont été atteints entre 2001 et 2012, c’est 30 % à La Rochelle.

Ces pistes suivent globalement les tracés prévus, ce qui témoigne d’une bonne étude de départ et/ou d’un bon respect du plan. L’enquête met cependant en évidence que la planification, à elle seule, ne suffit pas à modifier les comportements, comme à Rennes, où le développement de ces aménagements ne fait guère augmenter l’usage du vélo.

Des entretiens menés auprès d’élus, de techniciens, de juristes et de chargés d’études témoignent par ailleurs des difficultés de ces acteurs de la planification urbaine devant l’ampleur de la tâche.
« Il leur est nécessaire, mais difficile, de travailler ensemble, explique Annabel Richeton. La rédaction notamment représente une lourde charge de travail. Les règles légales changent fréquemment, les documents de référence sont nombreux et les directives émanant de l’État, à l’inverse, sont rares pour aider à construire les plans localement. »

Pour découvrir les résultats de l’étude Rétro-planning concernant les effets de la planification sur la mobilité urbaine et le logement, une synthèse, des recommandations et le rapport complet sont disponibles en libre accès sur le site du Forum Vies mobiles.

1 Analyse rétrospective des effets de la planification urbaine et des mobilités en France (1990-2023).
Crédit photos
1 : D Gislason – Pixabay
2 : Oleksandr Parfeniuk – Unsplash

 

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