Encart : Le cycle de l’hydrogène
– Les équipements placent la barre très haut
– Rentrée de l’école de l’hydrogène
– L’hydrogène entre en guerre
Encart : L’hydrogène ? La preuve !
– Produire… et consommer local
– Solutions de stockage optimales
– Plus vite avec l’IA
En juin dernier, la 25e Conférence mondiale sur l’énergie hydrogène réunissait pas moins de 1 000 acteurs du domaine à Singapour. La prochaine se tiendra en 2028 à Paris, autour d’un même public de scientifiques et d’industriels.
« C’est un signe fort de la reconnaissance de l’implication et de la capacité de la France dans le développement de technologies incontournables pour l’avenir », estime Daniel Hissel, vice-président de l’université Marie et Louis Pasteur (UMLP), directeur-adjoint de la Fédération nationale de recherche sur l’hydrogène, et qui sera l’un des deux coprésidents de l’édition 2028 de la conférence.
« Mais les efforts demandent à être poursuivis. En France, le programme Hydrogène lancé en 2020 n’est pas suffisamment relayé par de nouveaux projets, alors même que nous sommes dans une étape de consolidation à l’échelle mondiale. Si certaines entreprises ont dû recentrer leur activité au fil du temps, d’autres sont plus que jamais dans la course. Il est indispensable de continuer à soutenir le tissu scientifique et industriel pour favoriser le développement technologique. »
Au niveau mondial, la Chine a annoncé faire de l’hydrogène une priorité de son plan quinquennal, l’Inde est également fortement engagée dans le domaine et vise à devenir l’un des acteurs majeurs de la production d’hydrogène vert dès 2030.
« L’Europe reste en très bonne position sur l’échiquier international, mais elle doit continuer à investir et à monter en compétence pour conserver sa place », confirme Marie-Cécile Péra, professeure à l’UMLP et directrice du FCLAB, la plateforme expérimentale belfortaine dédiée aux recherches sur l’hydrogène. « La problématique de l’énergie, de l’hydrogène en particulier, demande du temps et de la constance. En Europe, et notamment en France, il est important de garder le cap, de continuer à défendre ses objectifs. »
Marie-Cécile Péra souligne la motivation et le savoir-faire des PME locales, de même que l’implication sans faille du Grand Belfort et de la Région Bourgogne – Franche-Comté depuis les débuts de l’aventure hydrogène voilà plus de vingt-cinq ans dans le Nord Franche-Comté, un territoire pionnier dans le domaine.
Entre autres initiatives liées à des projets de recherche, le Nord Franche-Comté a vu dès les années 2010 la première flotte de véhicules hydrogène homologués en France se lancer sur ses routes, avec MobyPost pour la distribution du courrier postal, avant d’assister plus récemment à la mise en circulation de bus hydrogène à Belfort ou de décider la construction de logements sociaux alimentés en énergie hydrogène, projet porté par Territoire Habitat.
Qu’ils concernent la mobilité ou le bâtimentaire, une foule de projets et de réalisations sont sortis des laboratoires de recherche, souvent en collaboration avec des entreprises, une dynamique à l’origine de la construction d’une filière hydrogène à l’échelle du territoire.
De la production d’hydrogène vert par électrolyse de l’eau jusqu’au déploiement de solutions de stockage, de la mise au point de systèmes piles à combustible (PAC) jusqu’à leur intégration dans les chaînes de traction de véhicules lourds ou dans des groupes électrogènes, tous les maillons de la chaîne sont maîtrisés par les spécialistes.
L’hydrogène est un vecteur énergétique : c’est un support qui permet de transporter de l’énergie, de passer d’une énergie disponible dans l’environnement, comme la force de l’eau, à l’énergie finale utilisable par le consommateur, comme l’électricité délivrée au compteur d’une habitation. Dans le Nord Franche-Comté, les recherches sur l’hydrogène, ainsi que leurs développements, ont toujours mis l’accent sur la question de la durabilité.
Des installations garantissent la production d’hydrogène « vert » par électrolyse de l’eau : les rayons du soleil captés par des panneaux photovoltaïques sont convertis en électricité, qui sert à réaliser la séparation des molécules d’hydrogène dans l’eau lors de l’électrolyse. L’hydrogène est ensuite stocké sous forme gazeuse ou d’hydrures métalliques dans des réservoirs, dont des versions miniatures peuvent être directement embarquées sur des véhicules. L’hydrogène est alors reconverti à la demande en électricité. Cette opération est assurée par une pile à combustible (PAC), placée directement sur le véhicule dans le cas des applications pour la mobilité.
La transformation de l’hydrogène en électricité ne génère aucune pollution locale : seules quelques gouttes d’eau résiduelles témoignent du processus.
À noter que de récents travaux de recherche concernent l’hydrogène « blanc » à l’UMLP, notamment avec la création d’une chaire de professeur junior dédiée à ce sujet au laboratoire Chrono-environnement. L’hydrogène blanc est l’hydrogène produit naturellement. Les chercheurs en géologie orientent leurs travaux vers la croûte continentale, qui pourrait receler des gisements d’hydrogène issus des profondeurs de la Terre (voir l’article Hydrogène vert, hydrogène blanc paru dans le journal en direct n°306 mai-juin 2023).
Les équipements sont à la hauteur des réalisations et des ambitions, comme en témoignent les dernières acquisitions du FCLAB, obtenues grâce au projet national DurabilitHy.
Lauréat en 2021 de l’appel à projets Programme et équipement prioritaire de recherche (PEPR) France 2030, DurabilitHy a pour partenaires l’université de Toulouse, porteuse du projet, l’université de Lorraine et l’UMLP. Il présente un budget de plus de 28 millions d’euros sur 8 ans, pour une aide de 12,5 millions d’euros, qui permet une montée en puissance et en complémentarité des plateformes sur lesquelles sont menées leurs recherches sur l’hydrogène. Les 4,6 millions d’euros d’aides qui ont été alloués à la plateforme belfortaine lui donnent l’opportunité d’améliorer son parc, au point de disposer d’équipements uniques en France et de se placer au plus haut niveau à l’échelle européenne.
« DurabilitHy est un projet tiré par le terrain, par les applications. Les équipements acquis à ce titre répondent directement aux problématiques d’usage qui intéressent les industriels », explique Marie-Cécile Péra.
La durabilité des systèmes de puissance est au cœur des objectifs. Des bancs d’essais de 15 kW permettent de tester des piles à combustible sur la longue durée. « Ces bancs peuvent être couplés de façon à assembler plusieurs sous-systèmes, dont il est possible de faire varier la puissance. C’est le meilleur moyen d’optimiser un système dans sa globalité. »
D’autres bancs d’essai, qu’il est possible de coupler de la même manière pour tester différents composants d’un système, ont rejoint le parc dédié aux électrolyseurs pour la production d’hydrogène. « Deux d’entre eux fonctionnent à plein régime, un troisième est en montage, et des bancs jumeaux sont attendus pour l’automne. »
Une chaîne complète électrolyseur / PAC sera disponible pour le domaine bâtimentaire. Elle donnera la possibilité de réaliser des tests de gestion de l’énergie, entre l’intermittence des apports des énergies renouvelables et la variabilité des besoins de la consommation. Ainsi, un système complet à échelle réelle, électrolyseur / réservoir /pile à combustible / batteries, placé dans un conteneur maritime, sera connecté à l’un des bâtiments du futur Écocampus de Belfort, pour compléter les tests par une expérience de terrain.
« Dans ces expériences, il est par exemple envisagé de programmer les profils d’ensoleillement des panneaux photovoltaïques, en fonction d’une courbe de production déterminée selon les besoins de la consommation. Elles viendront compléter les données acquises sur un démonstrateur par ailleurs en cours de réalisation dans le cadre de la construction de logements sociaux à Belfort ».
Les acquisitions d’équipements réalisées dans le cadre du projet DurabilitHy demandent à pousser les murs de la plateforme d’origine : des locaux loués à la société Tandem par l’UMLP, sur le site de Techn’hom à Belfort, ont été adaptés pour se prêter aux conditions de la recherche ; ils permettent aujourd’hui de réaliser les essais sur l’électrolyse de l’eau pour la production d’hydrogène.
Elle a officiellement débuté en janvier 2026, mais n’a pas à proprement parler ouvert ses portes : l’école de l’hydrogène est une école hors les murs, un réseau d’établissements mobilisés autour d’un objectif : renforcer la place de l’hydrogène dans l’offre de formation.
Projet porté par la Région Bourgogne – Franche-Comté, l’école de l’hydrogène1 s’appuie sur des ressources académiques et des collaborations avec le monde de l’entreprise pour favoriser un enseignement adapté du CAP au doctorat.
« Il s’agit de structurer l’offre sur le territoire, de renforcer les formations déjà existantes et de donner une coloration hydrogène à d’autres », explique Thomas Gauby, chef du projet à la Région. « Cette coloration sera plus ou moins marquée en fonction des objectifs. Elle ira de quelques heures de découverte à des modules spécialisés pleinement inscrits à certains programmes, et s’assurera de tisser un lien entre les cursus scolaires et universitaires. »
« Des modules sur la compréhension technique du vecteur hydrogène sont ainsi ouverts à l’UMLP / IUT Nord Franche-Comté, par exemple dans le cadre du BUT Techniques de commercialisation, précise Daniel Hissel. Des doctorats sont financés sur des sujets mêlant à la fois des aspects techniques et des sciences humaines et sociales ; de portée significative pour le développement de la filière hydrogène, ils favoriseront la mise en place de nouveaux partenariats stratégiques avec des organisations en France ou à l’international ».
La montée en puissance des connaissances concerne non seulement les jeunes en formation initiale, mais aussi les salariés des entreprises par le biais de la formation continue, toujours en lien avec les besoins industriels et les tendances de la filière. Et pour assurer tous les enseignements de ce continuum, l’école de l’hydrogène prévoit en premier lieu de dispenser des formations… aux formateurs. La boucle est ainsi bouclée autour d’un collectif construit, et pensé de façon à renforcer l’attractivité du territoire comme de l’école.
« Si le Nord Franche-Comté est aux avant-postes de la filière hydrogène, des acteurs du domaine sont présents partout en région ; l’offre de formation concernera ses huit départements », indique Thomas Gauby.
On le sait depuis les débuts du conflit en Ukraine, la façon de mener une guerre a changé. Sur le terrain, le matériel lourd laisse place aux drones, aux capteurs et autres équipements high tech et compacts. Les gros moteurs à combustion passent la main aux batteries lithium pour une alimentation tout électrique. Mais comme les civils, les militaires se heurtent à la double problématique de l’autonomie et du temps de recharge de ces batteries.
Pour pallier ces inconvénients, l’hydrogène s’avère une piste prometteuse, explorée dans un projet européen auquel participe l’UTBM. L’Estonie, la Slovénie, la Grèce et la France sont les pays engagés dans ce projet, dont les partenaires sont soutenus par leurs ministères de la défense respectifs.
« L’ambition de l’Europe est d’être autonome et maître de ses approvisionnements, dans un contexte marqué par des risques de conflit sur son territoire », explique Fei Gao, professeur en génie électrique à FEMTO-ST et en charge du projet à l’UTBM. « L’un des objectifs du projet est de produire de l’hydrogène directement sur le théâtre des opérations, grâce à des systèmes portables fonctionnant à l’énergie solaire ou éolienne, et adaptés au contexte militaire. »
Cette solution permettrait de s’affranchir de la dépendance aux convois et aux opérations de réapprovisionnement, qui exposent les soldats et apportent un risque supplémentaire de voir leurs positions identifiées. Autre avantage, et non des moindres, les systèmes pile à combustible envisagés allègeraient considérablement les équipements, avec une réduction de poids prévue jusqu’à 70 % par rapport aux batteries actuellement utilisées, pour fournir l’électricité aux engins, tels que les drones aériens, et au matériel utilisé par les soldats pour la communication, la géolocalisation, la vue nocturne…
C’est la première fois que l’UTBM est engagée dans un consortium européen sur l’hydrogène pour la défense. « Signé fin 2025 pour trois ans, doté d’un budget de quatre millions d’euros, ce projet très ambitieux a fait l’objet d’une sélection exigeante au niveau scientifique et auprès des fabricants, qui sont tous européens », souligne Fei Gao.
Également conclu pour trois ans, lauréat en 2024 de l’appel à projet national ASTRID2, le projet AUV-EH2 s’épèle ainsi : AUV pour système de sous-marin autonome, E pour électricité, H2 pour hydrogène.
Il a pour objectif la mise au point de drones sous-marins fonctionnant à l’hydrogène et connectés à une station de rechargement en pleine mer, pour assurer l’exploration et la surveillance des fonds maritimes dont le territoire français est particulièrement pourvu.
« Le projet combine des applications à la fois civiles et défense », explique Daniel Hissel, qui en est le responsable à l’UMLP et à FEMTO-ST. « Ces drones seront chargés d’effectuer des reconnaissances militaires, d’inspecter des infrastructures sous-marines et de réaliser des explorations scientifiques, par exemple de surveiller l’état de santé des barrières de corail en Polynésie. »
L’importance du périmètre concerné et plus encore la distance qui souvent sépare les zones à investiguer des infrastructures côtières invitent à recourir à des drones. Là encore, les systèmes hydrogène offrent davantage d’autonomie que les batteries, et sont de plus intéressants pour leur impact moindre sur l’environnement, et pour leur discrétion.
Le rechargement des drones sera assuré sur des plateformes flottantes qui, en fonction des besoins et de la houle, produiront de l’électricité ou de l’hydrogène.
« Les piles à combustibles mises au point pour cette application sont des systèmes hydrogène/oxygène, pour lesquels des essais sont en cours à Belfort. Pour garantir l’efficacité du procédé et l’autonomie de fonctionnement des dispositifs, il est prévu que les plateformes soient dotées de deux réservoirs, un pour chacun de ces gaz », précise Daniel Hissel.
Au cours du XXe siècle, les tentatives pour mettre au point des technologies hydrogène se sont majoritairement soldées par des échecs. Mais certaines sont sorties du lot. Nicolas Simoncini met en valeur ces expériences souvent oubliées dans un travail de recherche actuellement en cours de publication scientifique.
Dès 1918 par exemple, un camion à hydrogène avait fait l’objet d’un dépôt de brevet à Grenoble. En 1979, un professeur de lycée technique alimentait le moteur thermique de sa Simca 1000 à l’hydrogène, qu’il obtenait par électrolyse de l’eau de façon autonome grâce un concentrateur solaire de 263 miroirs.
« Ces expériences ont fonctionné parce qu’elles étaient robustes, et parce que le rendement n’était pas l’objectif premier. Pendant la guerre ou au moment de la crise pétrolière, lorsque le carburant manquait ou était trop cher, la priorité était de trouver de nouvelles sources d’énergie et d’autres manières de fonctionner. »
Dans les dirigeables, l’hydrogène remplaçait l’hélium, qui n’était pas disponible en France au début du XXe siècle.
À noter que Belfort disposait, dès la fin du XIXe siècle, d’un camp aéronautique équipé de deux énormes hangars abritant des ballons à hydrogène, d’où ils étaient lancés pour effectuer leurs missions.
Une expérience historique cependant sans lien avec le développement actuel d’une filière hydrogène dans le Nord Franche-Comté !
En matière de production d’électricité pour des applications civiles, la logique des grands ensembles fait entrer les technologies hydrogène dans des infrastructures lourdes et de grands réseaux, à l’instar des installations existantes, comme les centrales nucléaires.
En marge de cette optique, un courant veut privilégier le développement d’équipements à petite échelle, adaptés à leur contexte et maîtrisables par les usagers. Cette tendance Low-Tech, ou basse technologie, connaît un fort engouement depuis une dizaine d’années, par exemple en France où elle se matérialise dans les Low-Tech Labs.
« Ces technologies sont conçues pour être utiles et répondre à des besoins essentiels. Elles sont accessibles, d’un fonctionnement simple à comprendre, comme celui d’un vélo. Dans un souci de durabilité, elles se développent à une échelle raisonnable et privilégient l’utilisation de matériaux qui limitent les problèmes d’extraction ou d’enjeux de souveraineté », expliquent les enseignants-chercheurs Nicolas Simoncini et Robin Roche (voir l’article Une autre idée de l’hydrogène paru dans le journal en direct n°317 mars-avril 2025).
Nicolas Simoncini enseigne l’histoire et la sociologie des techniques à l’UTBM et mène ses recherches dans l’équipe RECITS de l’Institut FEMTO-ST. Enseignant à l’UMLP / IUT Nord Franche-Comté, Robin Roche est un spécialiste des systèmes énergétiques, des micro-réseaux et de l’hydrogène, et dirige le département Énergie de FEMTO-ST.
Tous deux travaillent à appliquer le concept Low-Tech dans les technologies hydrogène et les énergies renouvelables. Leurs travaux les conduisent par exemple sur l’île de La Réunion pour étudier des fonctionnements en environnement contraint, dont il serait possible de s’inspirer pour développer de nouvelles manières de produire et de consommer l’énergie.
« En haut des montagnes réunionnaises, certaines maisons ne sont pas reliées au réseau. L’électricité est produite sur place par des panneaux photovoltaïques, et stockée dans des batteries à l’intérieur des maisons. Les habitants assurent eux-mêmes la maintenance de ces micro-réseaux électriques. » Les chercheurs constatent que le comportement des usagers est différent : « Quand on rapproche les sites de production et de consommation, les gens acquièrent une sensibilité technique particulière, ce qui les incite à diminuer leur consommation d’énergie ».
À partir de ce type d’expériences, la réflexion des chercheurs s’oriente vers le concept de robustesse, qui vient en opposition à la notion de performance. « La robustesse est la voie choisie par le vivant. Les plantes, par exemple, se contentent de capter une infime partie de la lumière à leur disposition pour croître et vivre, c’est un fonctionnement en sous-régime qui leur réussit depuis des milliards d’années », illustre Nicolas Simoncini.
Le Low-Tech invite à repenser les systèmes pour qu’ils s’adaptent à différents contextes, et à les concevoir de manière à ce qu’ils soient réparables par les usagers, entre autres qualités. « Pour répondre à ces objectifs parfois contraires, il est nécessaire de trouver un équilibre entre diversité et standardisation. C’est un grand défi posé à la technologie », explique Robin Roche.
Voir également : Kroichvili N., Simoncini N. (sous la direction de), L’hydrogène par les sciences humaines et sociales, UTBM, 2025.
Stocker de l’hydrogène est notamment possible sous forme solide, par le biais d’hydrures métalliques, et à haute pression sous forme gazeuse : c’est le stockage hyperbare. L’étude et l’optimisation de cette deuxième solution est au cœur du projet national Hyperstock, qui s’achèvera l’an prochain au terme de cinq années de travail.
Hyperstock est l’un des sept projets de R&D élus en 2022 au titre du PEPR-H2, le Programme et équipement prioritaire de recherche sur l’hydrogène décarboné. Il bénéficie d’un budget global de près de 4 millions d’euros et des compétences d’une trentaine de chercheurs, doctorants et post-doctorants affiliés à sept laboratoires de recherche, au CEA et au CNRS.
L’une des recherches menées au département Mécanique appliquée de l’Institut FEMTO-ST concerne l’un des éléments clés du stockage hyperbare : le liner polymère, qui constitue une enveloppe étanche dans le réservoir. Les parties métalliques impliquées dans le raccordement au réseau et les canalisations sont un sujet traité par les partenaires du projet.
Professeur en matériaux et génie mécanique à l’antenne de Dole de l’UMLP / IUT Besançon-Vesoul / Institut FEMTO-ST, David Chapelle pilote ce projet national et dirige des travaux pour éprouver le comportement mécanique des matériaux utilisés dans les réservoirs commerciaux de type IV : « La caractérisation des matériaux s’opère après des cycles répétés de chargement et de déchargement à l’eau dans les réservoirs, et à l’hydrogène sur des échantillons de liner, des cycles qui peuvent connaître des vidages parfois très rapides et des variations thermiques importantes. L’objectif est de comprendre comment le gaz se diffuse dans le matériau, le risque d’endommagement et les formes que cet endommagement peut revêtir. »
Car une partie de l’hydrogène se diffuse et se concentre dans le polymère du liner lors du chargement, avant de reprendre sa forme gazeuse lors de déchargements rapides. « Les analyses déjà réalisées sur des matériaux commerciaux, tels que PA ou PEHD, montrent que si les liners polymères étudiés peuvent présenter quelques défauts à l’échelle nanométrique, ceux-ci n’ont pas d’impact sur la réponse mécanique du matériau, ce qui témoigne d’un très bon comportement. »
Tester différents polymères permet de trouver des indicateurs d’endommagement, qui seront utiles pour établir des comparaisons entre les matériaux et contribuer à la sélection de nouveaux.
Le métal est l’autre classe de matériaux à laquelle ce travail s’intéresse. Il s’agit là aussi de suivre la diffusion de l’hydrogène et de mesurer la fragilisation des éléments métalliques à son contact, afin de comprendre et de pouvoir contrer les phénomènes à l’œuvre.
Cinq thèses sont consacrées à ces processus combinant différentes échelles, depuis celle de l’atome d’hydrogène, dont la présence influe sur la plasticité par interaction avec les dislocations, jusqu’à la dimension macroscopique, pour laquelle la réponse mécanique d’éprouvettes métalliques est observée, en chargements gazeux ou cathodiques. Le but de ces analyses est d’établir des analogies entre eux, et des préconisations sur les matériaux, que ce soit pour reconsidérer les coefficients de sécurité qui leur sont appliqués, ou pour disposer d’outils adaptés en vue de proposer des traitements spécifiques.
Ouvrir une pile à combustible en fonctionnement est impossible ! Réaliser des tests sur un système hydrogène demande beaucoup de temps ! En contournant ces obstacles, l’intelligence artificielle (IA) s’impose depuis plusieurs années à l’Institut FEMTO-ST.
L’IA permet de mieux comprendre les systèmes hydrogène, d’établir des diagnostics sur leur fonctionnement et des pronostics sur leur espérance de vie, et de réduire la durée des tests avant leur mise sur le marché.
« Produire une PAC demande une dizaine de minutes, la tester prend 2 h 30 en bout de chaîne de fabrication. Dans un projet actuellement en cours, de vrais tests sont utilisés pour générer, par intelligence artificielle, de « faux tests » qui combinent les données en fonction de différents paramètres, comme la température, la pression…, et qui sont en définitive très proches de la réalité, explique Daniel Hissel. L’IA permet une meilleure exploitation des données disponibles, pour définir les protocoles de tests les plus efficaces possible. »
Selon les objectifs visés, différentes branches de l’IA3 sont convoquées par les spécialistes. « L’IA est utilisée pour modéliser les systèmes PAC ou les électrolyseurs, ainsi que leurs processus de dégradation », explique Zhongliang Li, titulaire d’une chaire de professeur junior en génie électrique à l’UMLP. L’IA permet de compléter ou de simplifier les modèles physiques, voire de leur substituer des modèles fondés sur les données, afin d’optimiser les procédés. « On remplace un système par un émulateur, un jumeau numérique qui se comporte comme lui. L’IA permet de rendre plus efficace le calcul nécessaire à l’implémentation des modèles numériques, notamment lorsqu’ils doivent fonctionner en temps réel. »
Prédire la durée de vie restante d’une pile à combustible est le fait d’outils embarqués de diagnostic et de pronostic, qui font intervenir des réseaux de neurones. Ces éléments de connaissance sont indispensables pour améliorer la conception, la fabrication et l’exploitation des PAC.
Le contrôle de la répartition d’énergie dans des systèmes hybrides, par exemple entre une PAC et des batteries, est issu de l’apprentissage d’un modèle, lui-même affiné avec un apprentissage automatique par renforcement. « On ne peut intégrer toutes les conditions de fonctionnement des systèmes dans des expériences. Grâce à la masse de données qu’elle est capable de traiter, l’IA donne la possibilité de les explorer par simulation numérique. »
Du côté de la production, les électrolyseurs à membrane échangeuse de protons (PEMWE) sont la cible du projet ANR DuraPEME, coordonné par Zhongliang Li. Si la technologie se présente comme prometteuse, la durée de vie de ces électrolyseurs apparaît insuffisante pour que la solution soit pleinement viable. Optimiser leurs paramètres de fonctionnement semble être la clé pour réussir à augmenter leur longévité, mais ce cheminement implique des phénomènes physico-chimiques complexes à plusieurs échelles.
Là encore, l’IA apporte sa puissance de feu en matière de recueil et de traitement des données. « Le projet DuraPEME veut contribuer à améliorer la durabilité de ces électrolyseurs en développant un modèle de dégradation multi-échelle accélérée par l’intelligence artificielle, explique le chercheur. Ce modèle combine des données expérimentales, issues de tests menés sur des bancs d’essai, et des données fournies par des lois physiques, qui se traduisent en équations. » Le couplage des aspects multi-physiques et semi-empiriques dans un seul modèle, grâce à l’IA, pourra aider à la conception des électrolyseurs et à l’optimisation des procédés.