Université de Franche-Comté

[Urbanisme]

Le skate de la débrouille

Obtenir des autorisations et des financements pour lancer un projet, c’est parfois le parcours du combattant. Placés devant cette réalité ordinaire et motivés par leur envie de pratiquer leur sport sans attendre, les adeptes du skate-board ont développé un sens de la débrouillardise qui les conduit à concrétiser par eux-mêmes leurs idées.

Ce vent de liberté venu des États-Unis souffle sur les riders européens depuis les années 2000, notam­ment en Suisse où nombre de skateparks ont été construits à la force de leur poignet.

Si certaines installations sont parfois sauvages, elles sont le plus souvent réalisées en accord avec les municipalités : en échange d’un lieu où installer leurs rampes, les skateurs se chargent de la construction, selon un esprit Do it yourself (DIY) désormais inscrit dans l’ADN de leur pratique.

« Fais-le toi-même », la proposition n’exclue pas de « faire avec », bien au contraire. Dans la ville du Locle, la construction d’un skatepark extérieur a déjà impliqué deux cents volontaires au fil du temps. Jérôme Heim fait partie du noyau dur d’une quinzaine de permanents qui chapeautent ce projet en constante évolution depuis onze ans.

Enseignant-chercheur en socio-anthropologie à la Haute école de gestion Arc, il souligne : « Ce type de projet comporte une dimension évolutive, qui donne la possibilité à de nouvelles personnes de s’impliquer et d’apporter leurs idées. Au Locle, l’idée du skatepark a pris une nouvelle dimension avec des aménagements, des décorations et des plantations, qui en font un vrai lieu de vie urbain ».

 

Projets pour la ville

D’initiatives individuelles en montage d’associations, comment de tels projets sont-ils conduits, et quel est l’impact de l’expérience sur le bien-être et l’intégration des jeunes dans leur ville ?

C’est là l’angle choisi par Jérôme Heim dans une recherche financée par le Fonds national suisse (FNS), qui prend le contrepied des études classiques, le plus souvent fondées sur les notions de nuisances et de risques. Il ne s’agit pas d’ignorer ces paramètres, mais de regarder au-delà comment les liens peuvent se construire et les expériences se montrer enrichissantes.

« Les jeunes acquièrent des compétences techniques et organisationnelles, apprennent à s’adresser aux autorités locales, qui en retour cherchent à comprendre leurs aspirations. Les liens sociaux se tissent autour d’une histoire partagée, qui se traduit par des échanges et la participation de chacun. Cette démarche citoyenne représente aussi de la fierté pour les jeunes, parce que les installations sont partagées avec d’autres personnes, et surtout parce que les autorités locales reconnaissent leur engagement et leur travail. »

Différents modèles de développe­ment président à la construction de skateparks DIY. En abordant les projets de différentes villes en Suisse, Le Locle, La Chaux-de-Fonds, Bevaix, Moutier, Fribourg et Bienne, la recherche donnera une vision d’ensemble de leur fonctionnement et de leur gouvernance. Les enseignements tirés de cette étude pourront avantageusement être utilisés pour le déploiement d’autres dispositifs urbains impliquant des jeunes et des enfants.

Ce projet conclu pour quatre ans (2024-2028) est mené en partenariat par la Haute école de gestion Arc et la Haute école de travail social Fribourg (HES-SO), avec différentes associations de skateboard. Il est partie prenante de l’exposition Skate of mind, à découvrir jusqu’au 7 mars 2027 au musée d’ethnographie de Neuchâtel. Un événement animé par des ateliers pratiques, des sessions scientifiques… et des séances de skate !

Crédit photos
1 : Tim Mossholder – Unsplash
2 : Le skatepark de La Chaux-de-Fonds – Photo Braini

 

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