L’arbre est-il l’allié de l’agriculture ? Couper les forêts pour gagner en terres cultivables a de tout temps été une option prise par l’homme. L’effacement de l’arbre des terrains agricoles s’est intensifié durant le XXe siècle, motivé par l’explosion démographique et le progrès technologique. Il est de plus en plus questionné, en raison notamment de la nouvelle donne que représente le bouleversement climatique.
L’agroforesterie, qui entend réconcilier les mondes forestier et agricole, est l’une des réponses aujourd’hui proposées pour s’adapter au changement.
Si cette idée s’oppose à une conception productiviste de l’agriculture, elle ne remet en cause ni son développement moderne, ni la mécanisation. Mais elle suggère de considérer les pratiques d’une autre manière : arbres et agriculture, trop longtemps séparés, doivent être à nouveau réunis… pour le meilleur.
Certes, le remariage impose des concessions, qui peuvent faire craindre à l’agriculture de perdre du terrain. Mais devant les bénéfices attendus, une vision à long terme se montre rassurante pour la solidité du couple.
Céder quelques ares de terre signifie gagner des arbres, des haies et des arbustes capables d’abriter le bétail du soleil, de stabiliser les terrains, de limiter l’érosion et de retenir l’eau de pluie, de produire des fruits, de générer de la matière organique qui viendra nourrir les sols…
« L’idée est de sortir de la spécialisation extrême, de recréer des écosystèmes en jouant sur la variété des essences forestières ou fruitières, des espèces céréalières et des autres végétaux », indique Jérémie Forney, enseignant-chercheur en anthropologie de l’environnement à l’université de Neuchâtel.
Noyers, noisetiers, charmes, blé, orge, lin, herbages…, il s’agit de trouver des synergies adaptées aux terrains, tout en pratiquant de manière classique la rotation des cultures. « L’agroforesterie ne nécessite pas de reconversion radicale, pas plus qu’elle n’exige de renoncer à ses équipements. Sur le plateau d’Ajoie par exemple, un agriculteur a planté des arbres selon un espacement qui correspond à un multiple de la largeur de ses machines. »
L’arbre, allié de l’agriculture ? La réponse est « oui » pour ceux qui se lancent dans l’expérimentation en Suisse, en France, en Italie, en Grande-Bretagne ou dans certains pays d’Europe de l’Est, selon des démarches souvent soutenues par les politiques publiques.
Dans l’Arc jurassien franco-suisse, les prés-bois, ou pâturages boisés, des espaces mixtes qui voient cohabiter les forêts et les pâtures, sont une tradition de longue date et continuent à être défendus. Ils ont fait les preuves de leurs avantages et comptent au nombre des sources d’inspiration de l’agroforesterie.
Leurs paysages typiques ont servi de toile de fond au congrès de la Fédération européenne d’agroforesterie qui s’est tenue à l’UniNE en juin dernier. L’événement a réuni pas moins de 400 participants autour de recherches, d’expériences et de retours de terrain. L’alma mater a été choisie pour recevoir cette 8e édition européenne par le biais de son centre de compétences sur l’agroécologie, le CEDD-Agro-Eco-Clim, codirigé par Jérémie Forney (voir l’article Un centre pour l’agriculture dans l’Arc jurassien paru dans le journal en direct n°321 novembre-décembre 2025).
« L’ambition du centre est de proposer une recherche sur l’agriculture favorisant le dialogue avec le monde agricole et la société, dans une approche agroécologique. L’agroforesterie est une déclinaison de cette vision générale. »