Les data centers, ces énormes machines capables de traiter et de stocker les données numériques, sont devenus moins gourmands en énergie – désormais parfois 100 % renouvelable –, de la fabrication de leurs composants au fonctionnement de leurs systèmes de refroidissement.
Ces avancées technologiques remarquables sont le fait de projets tels que DATAZERO (voir l’article DATAZERO, saison 2 paru dans le journal en direct n°293 mars-avril 2021), dont deux volets successifs ont été menés ces dix dernières années à l’Institut FEMTO-ST.
Ces efforts ne sont malheureusement pas suffisants : la consommation des services numériques augmente toujours plus, renforcée par l’explosion de l’intelligence artificielle générative.
Si les data centers n’ont jamais été aussi efficaces qu’aujourd’hui, ils continuent à se multiplier et ne sont exploités la plupart du temps qu’entre 30 à 60 % de leurs capacités : leur surdimensionnement est nécessaire pour pouvoir répondre sans délai lorsque les demandes affluent.
Imaginer un nouveau concept de data center pourrait apporter la solution pour rompre ce cercle vicieux : c’est là l’objectif du projet SOCLOUD, débuté en janvier dernier pour quatre ans, avec un financement de l’Agence nationale de la recherche (ANR).
Ce projet vient relayer DATAZERO sous le pilotage de Jean-Marc Nicod, enseignant en informatique à SUPMICROTECH et chercheur au département AS2M de l’Institut FEMTO-ST. Il associe les sciences humaines et sociales à la technique, notamment par le biais des travaux de Mathieu Triclot, qui enseigne la philosophie à l’UTBM et mène ses recherches au sein de l’équipe RECITS du laboratoire comtois.
Combinant une efficacité désormais acquise et l’adhésion des utilisateurs, le data center nouvelle génération mise sur la sobriété numérique. Ce concept va plus loin que celui de frugalité, qui suppose de consommer ce qui est juste nécessaire : la sobriété, elle, questionne les besoins et les usages dans un objectif d’équité et d’intérêt général.
Elle parle de renoncement ou de report de consommation, mais veut éviter la frustration : il s’agit de rendre acceptable la modification de certains usages, en dégageant d’autres priorités auxquelles de l’importance est accordée.
Vous n’imaginez pas décaler le visionnage d’une série, limiter votre utilisation de ChatGPT ou abandonner l’interrogation à distance de votre frigo pour faire les courses ? Pourtant, à choisir, le stockage de données médicales ou la réalisation d’opérations bancaires en temps réel vous semblent bien plus indispensables ?
Mettre en avant ce à quoi on tient vraiment promet de rendre plus acceptables de nouveaux comportements, aujourd’hui nécessaires pour une consommation d’énergie tenable.
Ce nouvel état d’esprit, qui tient de la notion philosophique de convivialité, passe par la création de nouveaux liens avec la technique. À commencer par la prise de conscience du fonctionnement et du coût énergétique des services numériques, des dimensions essentielles mais cachées derrière une accessibilité facile, une disponibilité immédiate et continue.
« Il n’existe pas de modèle absolu, ni de solution idéale. Mais l’idée est de faire émerger une troisième voie, entre la solution technologique dont on voit qu’elle suscite en permanence de nouveaux besoins, et des directives qui imposeraient des limitations, une option socialement irrecevable », expliquent les chercheurs.
Des data centers adaptés aux besoins et aux territoires, pilotés par des algorithmes régis par l’adoption de chartes au sein de communautés d’utilisateurs, pourraient naître de cette nouvelle réflexion.