Raconter, partager, transmettre, la même philosophie guide le récit de Frère Othmar (1932-2023) et le recueil qu’en a fait Myriam Graber, dans ce livre écrit à quatre mains : Les enfants du soleil. Frère Othmar, éducateur de rue au Rwanda.
L’ouvrage retrace « le travail politique, humain, social, pédagogique et religieux » de ce Frère des Écoles Chrétiennes, engagé pendant douze ans à Butare, au Rwanda, pour venir en aide aux enfants les plus démunis.
Il relate l’engagement, la ténacité, l’énergie, et aussi les doutes et la fatigue de Frère Othmar. Il met en lumière la capacité de résilience et le courage des enfants et des jeunes de la rue, venus rejoindre le Centre Intiganda que le religieux suisse, à l’appel de la paroisse et aidé de professionnels rwandais, a mis tant d’ardeur à créer.
C’est l’histoire de ce centre créé en 1988 et patiemment construit avant d’être quasiment détruit en 1994, au plus fort de la guerre. Une structure qui renaît ensuite alors même que tout manque, alors que le génocide a fait des victimes chez les enfants et chez les encadrants, et qu’il traumatise terriblement les survivants.
Au fil du temps, le Centre Intiganda accueille des centaines d’enfants et d’adolescents. Les plus jeunes apprennent à suivre la classe avant d’être réintégrés à l’école primaire officielle.
Frère Othmar se souvient :
« Nous avions en permanence, au centre, deux enseignants qui avaient la mission de les habituer à adopter les bonnes attitudes en classe et surtout à entraîner leur capacité à être attentifs et réceptifs pendant un certain temps. Dans ces deux domaines, l’enfant des rues a de grandes difficultés ».
Les plus grands suivent un apprentissage dans des ateliers équipés pour la mécanique ou la menuiserie. Tous participent à la vie du centre, ramasser du bois, cultiver la terre, faire la cuisine et la lessive, s’essaient aux arts du cirque ou à la sculpture, et si les valeurs chrétiennes apparaissent partout en filigrane, la religion n’est pas une obligation.
Les résultats sont à la hauteur des espérances, et Frère Othmar souligne combien il est « extraordinaire de voir l’évolution de ces jeunes » : « Quand je vois que 80 % des enfants et des jeunes dont nous nous occupons ont pu saisir leur chance en persévérant, alors je suis fier d’eux. Je suis heureux quand je vois le groupe d’apprentis et d’élèves du primaire. Je me réjouis quand je vois avec quelle application nos élèves travaillent à l’école. […] Je me réjouis lorsque les enfants qui vivent encore dans la rue, en guenilles, atteints de la gale, le corps couvert de vermine, trouvent le chemin du centre pour se doucher, recevoir des soins médicaux, ou simplement pour un échange avec nous ».
Partant d’une initiative de Anne-Nelly Perret-Clermont, professeure émérite de l’Institut de psychologie et éducation de l’université de Neuchâtel, la rédaction de ce livre a été confiée à Myriam Graber, professeure émérite de la HE-Arc Santé et spécialiste du recueil d’histoires de vie, qui a mené une quinzaine d’entretiens auprès de Frère Othmar, alors âgé de 86 ans, et s’est appuyée sur ses carnets de notes.
Ce livre témoigne du cheminement d’un homme et plus encore de la débrouillardise, de l’imagination et de la résilience des enfants et des professionnels après le génocide. Les enfants du soleil est un formidable plaidoyer en faveur de l’espoir.