Accompagner des patients atteints de maladies chroniques est l’une des raisons qui a motivé Aurélie Royet à exercer en officine, son diplôme de docteure en pharmacie sitôt en poche. C’est cette même volonté qui l’a conduite à s’intéresser, dans sa thèse d’exercice1, aux sportifs souffrant d’intolérance au gluten.
« L’objectif était de mesurer l’impact de la maladie sur leur pratique, d’identifier leurs besoins spécifiques et de mettre en rapport les réponses qu’il est possible de leur apporter en pharmacie. » Abordant la problématique de manière inédite par le biais d’une revue de la littérature et d’une enquête de terrain, cette thèse menée sous la direction de Sylvie Bobillier-Chaumont à l’UMLP / laboratoire RIGHT, soutenue en juin 2025, clôture le parcours universitaire d’Aurélie Royet. Un travail récompensé en décembre dernier par un très beau prix de thèse, décerné à son autrice par l’Académie nationale de pharmacie.
L’intolérance au gluten, ou maladie cœliaque, n’est pas à confondre avec une allergie ou une hypersensibilité. C’est une maladie auto-immune, responsable de la disparition des villosités de l’intestin grêle, qui normalement augmentent la surface d’absorption des nutriments dans l’organisme.
L’intolérance au gluten, qui concerne 1 % de la population européenne, est révélée par la présence d’anticorps dans le sang et par une biopsie intestinale. Supprimer totalement le gluten de l’alimentation est la seule solution pour contrer la maladie. Les difficultés et les enjeux d’une restriction aussi radicale sont d’autant plus importants chez les sportifs, pour qui l’apport en glucides lents est d’ordinaire particulièrement recommandé.
« Le gluten est surtout présent dans le blé, le seigle, l’orge et l’épeautre. Les céréales de substitution, comme le maïs, n’apportent pas les mêmes nutriments ni les mêmes fibres, et les compositions des produits transformés, comme les barres sans gluten, amènent peu de bienfaits, voire sont parfois contreproductives », explique Aurélie Royet.
L’enquête menée par la jeune chercheuse auprès de sportifs de diverses disciplines montre que 47 % d’entre eux présentent des carences en vitamines et / ou en minéraux. Aurélie Royet met en avant l’importance de l’accompagnement du pharmacien dans un tel contexte.
« Échanger avec un patient venu en officine, par exemple pour chercher un complexe vitaminique, peut l’aider à éviter les erreurs diététiques, à suppléer ses carences avec les bons substituts ou compléments nutritionnels. » Le pharmacien peut aussi orienter vers des associations de patients telles que l’AFDIAG, ou des professionnels de santé, en premier lieu les médecins, médecins nutritionnistes et médecins diététiciens, avec lesquels il partage de façon complémentaire un rôle de soin et de conseil.
Sylvie Bobillier-Chaumont rappelle l’intérêt de s’adresser à ces praticiens, alors que les idées reçues sont monnaie courante, et entretenues notamment sur les réseaux sociaux par de pseudo-spécialistes : « Tout régime restrictif peut être dangereux et entraîner des carences parfois sévères. Le gluten, le lactose, ces thèmes sont dans l’air du temps, mais un régime doit être justifié et faire l’objet de consultations auprès de professionnels de santé ».