Université de Franche-Comté

Les lipoprotéines HDL, alliées de la greffe de moelle osseuse ?

Tatiana Shepeleva (Shutterstock)

Thérapie largement répandue dans le traitement de la leucémie, la greffe de moelle osseuse provoque la maladie du greffon contre l’hôte (GVH) chez 20 à 50 % des patients1 qui reçoivent des cellules souches d’un donneur. Cette réaction plus ou moins sévère s’explique par le fait que le patient acquiert, en même temps que les cellules qui vont l’aider à reconstruire son sang et à lutter contre la maladie, un système immunitaire inconnu, susceptible d’attaquer son propre organisme. Dans sa forme aiguë, la maladie peut survenir dans les cent jours suivant la greffe, compromettant les chances de réussite de l’opération et se concluant parfois malheureusement par le décès du patient.

Des recherches récentes menées au laboratoire RIGHT offrent l’espoir de mettre au point un traitement préventif empêchant la survenue de la GVH aiguë. Cette piste prend appui sur l’action des lipoprotéines HDL, transportant le « bon » cholestérol circulant dans notre organisme, pour le rôle qu’il joue contre les endotoxines, des lipides inflammatoires présents dans nombre de bactéries, et dont la responsabilité dans la survenue de la GVH est connue depuis les années 1990. Les chercheurs ont constaté que, administré dans le cadre d’expériences menées in vitro, puis sur la souris, les HDL neutralisent l’action des endotoxines, bloquant ainsi l’apparition de la GVH ; les HDL transportent ensuite ces endotoxines jusqu’au foie, où elles sont évacuées par la bile.

Philippe Saas, professeur d’immunologie et de thérapie cellulaire, directeur du laboratoire, Étienne Daguindau, maître de conférences et praticien au service hématologie du CHU de Besançon, et Cécile Chagué, doctorante dans cette même discipline, ont déposé une demande de brevet en septembre 2019 pour pouvoir valoriser ces résultats, qui ont par ailleurs fait l’objet d’une publication en janvier dernier dans le journal de référence American Journal of Transplantation. Ces travaux bénéficient d’avancées scientifiques récentes, notamment de la mise au point d’une technique novatrice pour le dosage global et précis des endotoxines par l’équipe de Jean-Paul Pais de Barros au laboratoire LipSTIC. Depuis dix ans, ce laboratoire d’Excellence fédère des équipes de recherche et des entreprises en Bourgogne – Franche-Comté autour de l’utilisation des lipides dans la prévention et le traitement des maladies inflammatoires et du cancer.

Pionnier dans ce domaine, LipSTIC apporte son soutien financier aux recherches, de même que le projet MiMédI, développant depuis 2018 des solutions microtechniques pour la production de médicaments de thérapie innovante, et le consortium de dimension internationale Institut Carnot OPALE, dédié à la recherche partenariale sur les leucémies et les maladies apparentées à ces cancers. La prochaine étape consistera à déterminer, chez l’homme, si des taux de HDL élevés correspondent à une absence de GVH. Dans cet objectif, l’équipe a mis en place l’étude clinique MetAlloLip, impliquant des patients ayant fait l’objet d’une greffe de moelle osseuse aux CHU de Besançon et de Nancy.

 

1 Source : St Jude Children’s Research Hospital, 2019

Contact(s) :
Laboratoire RIGHT
EFS / UFC / INSERM
Philippe Saas
Tél. +33 (0)3 80 39 33 52
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