Université de Franche-Comté

La guerre pour terrain de sport

À l’aube de la Première Guerre mondiale, le sport français offre des disciplines déjà très populaires, représentées par de véritables héros, et compte un nombre croissant de pratiquants. Quels impacts le sport et la Grande Guerre ont-ils eu l’un sur l’autre ? Le nouveau livre 1 de Paul Dietschy apporte un éclairage inédit à cette interrogation.

Sport et guerre footAlors que le centième anniversaire de la Première Guerre mondiale prête sa conclusion à de nombreuses célébrations, Le sport et la Grande Guerre sert la mémoire de manière originale. L’ouvrage montre de quelle façon le sport est entré dans la vie des combattants et surtout comment le conflit a influencé le cours de l’histoire du sport moderne, qui en France n’en était qu’à ses débuts au moment de la déclaration de guerre. L’ouvrage est signé par Paul Dietschy, professeur en histoire contemporaine à l’université de Franche-Comté et directeur du Centre Lucien Febvre, dédié à la recherche dans cette discipline. Il est le fruit de l’analyse d’un corpus composite issu d’archives des fédérations sportives, de la presse spécialisée, de l’armée et des récits de soldats, des informations glanées pendant plus de dix ans.

Sur la ligne de front, on joue au foot, on s’entraîne à la boxe et à la gymnastique, et dans une moindre mesure on pratique le vélo, une activité spatialement plus difficile à gérer par les autorités militaires… On parle à cette époque de « football association », qui correspond au foot tel qu’on le connaît aujourd’hui et déjà très populaire, par opposition au « football rugby », à l’appellation par la suite tronquée, qui, davantage élitiste, était aussi plus médiatique grâce à l’entrée en lice de la France dans le Tournoi des cinq nations en 1910. La boxe avait, elle, trouvé son héros avant-guerre avec Georges Carpentier, qui devint en 1920 le premier Français champion du monde de boxe anglaise. Sans doute moins auréolée de prestige, la gymnastique aidait à entretenir sa forme physique grâce à des équipements de fortune installés jusque dans les boyaux des tranchées.

 

LE SPORT, « HUIS-CLOS LUDIQUE »

Esprit de compétition, virilité, combativité, si ces valeurs sont exhortées par les autorités militaires, pour les soldats le sport est avant tout un moyen d’échapper à la guerre, c’est un « huis-clos ludique » où la hiérarchie est abolie et où la vie reprend l’avantage sur la mort. Un médecin, Louis Maufrais, témoigne ainsi dans ses cahiers de l’espoir de ses camarades de se « casser une patte » lors d’un match pour sortir du front. Après la guerre, le monde du sport change. La fin des hostilités marque la fin de l’affrontement qui dominait alors entre des fédérations sportives aux philosophies teintées d’idéologie, notamment catholique. En 1918, s’organise ce qui deviendra la Coupe de France, et en 1919, la création de la Fédération française de football aide à structurer l’organisation et à réglementer des pratiques disparates. L’idée de s’exercer à un sport entre peu à peu dans la culture française, quand jusqu’alors l’effort physique se devait d’être utile, pour une population encore essentiellement rurale.

 

UN COUP D’ARRÊT À L’ÉLAN SPORTIF DU DÉBUT DU SIÈCLE

Malgré ces évolutions, qui participent à donner l’illusion d’un élan né du conflit, la Grande Guerre marque en réalité un véritable « coup d’arrêt » au mouvement amorcé à la Belle Époque. Les classes d’âge de 1914 sont décimées par le conflit, responsable de la disparition d’un quart des internationaux de rugby français et de plusieurs vainqueurs du Tour de France, et qui fauche des héros du sport tel Jean Bouin, champion mythique de course à pied. Il faut attendre la fin des années 1920 et les années 1930 pour voir naître les premières politiques sportives, et avec elles allouer des subventions qu’accaparaient auparavant de toutes autres priorités. Et c’est lors de la Seconde Guerre mondiale que le développement du sport contemporain trouve de nombreuses origines. Une autre guerre, une autre histoire…

Contact : Centre Lucien Febvre - UFC
Paul Dietschy
Tél. +33 (0)3 81 66 54 33
paul.dietschy@univ-fcomte.fr
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