Université de Franche-Comté

GRAND FORMAT
Les nouveaux atouts de l’enseignement

De la classe virtuelle au challenge hackaton, de la visio­conférence au robot de téléprésence, d’une scénarisation inspirée par le théâtre à l’apprentissage par le corps, les idées, les objectifs et les outils de la pédagogie innovante investissent les maquettes d’enseignement du supérieur. Une créativité et des moyens au service des enjeux de formation actuels.

Classe laboratoire, INSPÉ de Besancon

Capter l’attention des étudiants, forcer leur intérêt, aiguiser leur curiosité, les amener à se dépasser, les motivations ne manquent pas pour modifier les pratiques pédagogiques. Avec ou sans technologie à la clé, l’innovation pédagogique se définit comme « ce qui dans un contexte donné, une structure de formation, une entité de recherche, n’a encore jamais été mis en œuvre », selon les mots de Christophe Reffay, informaticien enseignant à l’INSPÉ1 à Besançon et directeur du SUN-IP, le Service universitaire du numérique et de l’innovation pédagogique de l’université de Franche-Comté.

Il peut s’agir de reconsidérer complètement une façon d’enseigner comme de développer des outils servant cette ambition ou répondant à des besoins ponctuels. L’apprentissage par projets, qui dans certains cas se substitue au traditionnel tiercé Cours/TD/TP, est un exemple d’évolution pour envisager de manière plus globale un enseignement. L’implication d’étudiants devenant pleinement acteurs de leur formation est un autre aspect, s’illustrant par des concepts tels que l’autoévaluation ou encore l’apprentissage par les pairs.

Dans ce contexte d’évolution des pratiques, le Cursus master en ingénierie (CMI) apparaît dès 2012 dans la carte de formation des universités et s’adosse à des parcours existants ; il valide lui aussi une licence en 3 ans et un master en 5 ans, mais avec une orientation vers des fonctions d’ingénieur. Sa valeur ajoutée par rapport au cursus classique : un complément scientifique et des modules supplémentaires transverses en management et organisation de l’entreprise, en langues vivantes et développement personnel. La mise en correspondance avec la recherche intervient dès la première année de licence, de même que l’immersion en entreprise, avec des stages programmés sur plusieurs semaines chaque année.

1 Le 01/09/19, l’ÉSPÉ est devenu INSPÉ (Institut national supérieur du professorat et de l’éducation)

 

Innovations marathons

L’université de Franche-Comté est l’une des premières universités françaises à avoir développé des CMI, et en propose neuf en cette rentrée universitaire1 ; elle fait partie du réseau FIGURE2, qui élabore collectivement les maquettes des CMI en y intégrant des pratiques pédagogiques innovantes. « En deuxième année de licence, les Semaines R&D incitent les étudiants à travailler en groupe pour réfléchir à un concept ou un sujet d’innovation dont ils devront assurer la présentation, budget à l’appui », raconte à titre d’exemple Maxime Jacquot, responsable des CMI-FIGURE à l’UFC.

Autre expérience, menée cette fois en troisième année de licence : les marathons d’innovation, 2 à 3 jours non-stop pour proposer idées, concepts voire réalisations concrètes autour d’un défi relevé par des équipes souvent pluridisciplinaires. Le Hacking Health en est un exemple local dans le domaine de la santé ; Citamix en est un autre depuis cette année, avec un challenge investissant la Citadelle de Besançon pour des projets innovants en lien avec le patrimoine.La maîtrise d’une deuxième langue étrangère, l’anglais en tête, ainsi que l’ouverture à l’international, avec une période de stage obligatoire à l’étranger, figurent également dans les priorités des CMI-FIGURE UFC. Cette dimension internationale est par ailleurs inscrite dans l’ADN de la Graduate School EIPHI3, née en 2018 sous l’égide d’UBFC. EIPHI, pour Ingénierie et innovation pour les sciences physiques, les hautes technologies et la recherche interdisciplinaire, propose un parcours intégré de master-doctorat en anglais, adossé à une recherche de pointe développée dans trois laboratoires de la région (Institut FEMTO-ST, ICB et IMB), et reconnue à l’international.

1 Ingénierie de l’environnement et des territoires ; Information spatiale et aménagement ; Géologie appliquée ; Ingénierie systèmes et logiciels-systèmes intelligents distribués ; Information-communication ; Énergie, hydrogène et efficacité énergétique ; Structures et systèmes intelligents ; Photonique, micro-nanotechnologies et temps-fréquence ; Éditions numériques et patrimoines de l’Antiquité à nos jours (ouverture rentrée 2019-2020)

2 Formation à l’ingénierie par des universités de recherche, FIGURE est lauréate d’un projet PIA IDEFI (Initiatives d’excellence en formations innovantes), financé par l’ANR depuis 2012

3 La Graduate School EIPHI est financée par l’ANR dans le cadre de la troisième vague des PIA concernant les écoles universitaires de recherche (EUR)

 

Variations sur le thème du FabLab

Table de mixage, classe laboratoire INSPÉ de Besançon

Largement encouragée par les pouvoirs publics, la volonté est aujourd’hui de favoriser le partage d’expériences et de compétences, non seulement à l’échelle des établissements, mais aussi entre la sphère scientifique, le monde industriel et le grand public. Une ambition portée par la révolution numérique et l’émergence de nouvelles technologies, et qui voit éclore sur tout le territoire des structures de type FabLab. Le concept se décline en différentes variantes, mais toujours selon le même principe : mettre les pratiques en réseau et les compétences en synergie.

L’UTBM Innovation CRUNCH Time illustre ce concept sur le temps court, puisqu’il réunit des équipes hétérogènes d’étudiants autour de défis industriels lancés par des entreprises. Un temps cependant long pour ce marathon pédagogique puisqu’il se déroule, comme lors de sa dernière édition, sur cinq jours. Il fait par ailleurs plancher 1 600 étudiants en même temps et sur un même lieu, ce qui lui vaut d’être qualifié de « plus grand exercice pédagogique de ce type jamais organisé dans l’Hexagone. »

À la Haute Ecole Arc, l’esprit FabLab va prochainement investir les salles de cours. Jérôme Mizeret, coordinateur Recherche appliquée et développement, explique l’intérêt « d’introduire des pratiques de transmission de connaissance pair-à-pair dans les classes traditionnelles, permettant l’émergence de compétences, en groupe, par le « faire ensemble ». L’idée est de profiter, en cours aussi, du dynamisme et du plaisir à partager qui caractérisent le fonctionnement des FabLabs. Le souhait est de se diriger vers le concept de l’apprentissage par projets, incluant la réalisation de prototypes afin de rendre l’expérience définitivement concrète. Ce projet porté par Jérôme Mizeret et Nathalie Nyffeler (HEIG-VD 1) a été retenu par le Rectorat de la HES-SO 2 au titre de la promotion de l’expérimentation pédagogique, pour une durée d’une année (2019).

1 Haute Ecole d’ingénierie et de gestion du canton de Vaud

2 Haute Ecole spécialisée de Suisse Occidentale

Classes sens dessus dessous

À une époque où la connaissance n’est plus uniquement dispensée par un professeur omnipotent, mais qu’elle devient accessible à tous sur le net, les rôles s’échangent parfois pour que l’étudiant soit pleinement acteur de sa formation. À l’UTBM, la classe inversée fait sa place dans les pratiques depuis plusieurs années. Les étudiants prennent connaissance du cours bien avant que celui-ci ait lieu, notamment par le biais de Moodle, une plateforme spécialement conçue pour l’apprentissage en ligne.
Le jour du cours proprement dit, les étudiants munis de nouvelles connaissances ont tout loisir de faire des exercices, de partager des réflexions, et bien sûr de poser des questions à l’enseignant, modérateur de l’ensemble. Le concept de la classe renversée va plus loin encore. Ce sont les étudiants qui construisent le cours à partir de modèles inscrits sur des « tableaux tournants ». Le principe ? Chaque groupe enrichit le contenu élaboré par le groupe précédent pour bâtir peu à peu les chapitres d’un cours que l’enseignant, devenu superviseur, synthétise en fin de parcours. « Ce concept de classe renversée fait ses preuves, les retours par les étudiants eux-mêmes sont déjà probants quant aux bénéfices de la méthode », rapporte Christophe Reffay, qui a mis en place des expérimentations de ce type à l’université de Franche-Comté.

 

Bouger pour apprendre mieux

Balise Learn-O

L’apprentissage par le corps est une autre expérience permettant de sortir du cadre habituel du cours. C’est le cas de Learn-O, une méthode que développent Arnaud Simard, enseignant à l’INSPÉ et chercheur au Laboratoire de mathématiques de Besançon (LMB), et Thierry Blondeau, éducateur sportif spécialisé dans la course d’orientation. Learn-O propose d’apprendre les mathématiques en courant sous le préau de l’école en mode jeu numérique immersif.

L’idée n’est pas pour déplaire aux élèves, et si la méthode ne saurait se substituer à l’enseignement traditionnel, elle est un complément pédagogique probant. Dans la cour ou dans une salle, des balises électroniques positionnées sur des supports type cônes de chantier jalonnent l’espace. Les balises délivrent des informations pour reconstituer une figure, un résultat, un calcul ou une image. Bref, elles se prêtent à mille jeux qui sont en réalité autant d’exercices pratiques pour se représenter concrètement des images mentales et assimiler des notions mathématiques sans y penser. Le passage à l’oral lors des mises en commun fait prendre conscience de ces notions.
De l’exercice physique, des cartes de jeu, des doigts électroniques bien plus drôles que des stylos pour biper les balises, des ordinateurs à l’arrivée pour vérifier ses réponses, pas de doute, Learn-O a tout pour plaire aux enfants.

« Le concept se décline à d’autres enseignements, comme la musique, la géographie ou l’orthographe, explique Arnaud Simard. Il est aussi transposable à des classes de collège ou de lycée, à l’université aussi, et s’adresse autant aux élèves en difficulté qu’aux bons éléments. »
Learn-O fait appel à différentes intelligences telles qu’identifiées par le psychologue américain Howard Gardner dans les années 1980, mobilise l’attention grâce au jeu et au mouvement, et rend les élèves autonomes par un retour d’information consultable immédiatement. Learn-O remporte tous les suffrages sur ses nombreux terrains d’expérimentation en région et fait désormais des émules dans toute la France.

 

Souder l’équipe

Difficile de rendre un groupe homogène et d’enseigner la finance, en anglais, à des étudiants d’origines et de cultures différentes. C’est pour pallier cette difficulté que David Ardia, à l’UniNE,
a adapté des solutions entre autres issues du Team Building en entreprise. « Pour construire une certaine uniformité dans ma classe, j’ai recours à des astuces pour casser les groupes qui se forment spontanément et favoriser de nouvelles relations entre les étudiants. » Dans des groupes recomposés sur la base d’un tirage au sort, les étudiants apprennent à se connaître par l’intermédiaire de ce que David Ardia nomme un « bingo humain expéditif ». À partir de questions du type « Qui parle une, deux, trois langues étrangères ? », « Quel pays avez-vous déjà visité ? », ils se découvrent des points communs, susceptibles de les rapprocher. Les méthodes de Team Building sont alors mises en œuvre pour assurer de la cohésion dans le groupe. « Il s’agit par exemple d’inventer des logos censés représenter la classe, puis d’en choisir un, vote à l’appui. »
Cette proposition de gestion des groupes, adoptée en cours de finance, s’est vue depuis diffusée auprès de toute la faculté des sciences économiques ; David Ardia souhaite également développer ces activités au sein d’HEC Montréal, qu’il a rejoint depuis peu.

 

Le droit fiscal en schémas

Dans de nombreux cas, innover en pédagogie va de pair avec le développement des outils numériques. Des outils dont les étudiants s’emparent facilement. À la faculté de droit de l’université de Neuchâtel, Thierry Obrist est codirecteur du Certificate of Advanced Studies en fiscalité des PME et enseigne le droit fiscal. Il a décidé de filmer ses cours et de les diffuser à l’intention de ses étudiants sur Moodle, la plateforme d’apprentissage en ligne de l’enseignement supérieur. L’initiative connaît un vrai succès, notamment avant les périodes d’examens, où les enregistrements ont comptabilisé des milliers de vues. « Chaque film est divisé en chapitres consultables à la demande, et des mots-clés rendent la navigation plus aisée », souligne Thierry Obrist. Les enregistrements permettent de ne rien perdre d’un cours et d’appuyer sur « pause » le temps de prendre des notes… Ces cours ne sont pas à confondre avec les MOOCs, élaborés spécifiquement pour le net et mis à la disposition de tous. Ici il s’agit du cours d’origine, avec ses interactions, ses exercices et ses silences.

L’initiative a valu à Thierry Obrist en 2015 un Award for best teaching décerné par la Credit Suisse Foundation, « pour l’excellence de son enseignement et l’intérêt de sa vision pédagogique ».
Dans la même veine, l’enseignant propose depuis cette année des vidéos pour expliquer aux étudiants des notions un peu ardues comme le fonctionnement de la TVA ou la double imposition économique. « Il m’apparaissait assez évident d’expliquer ces mécanismes de façon visuelle, sous forme de croquis et de schémas. » Réalisées avec le concours d’un graphiste, les vidéos se déclinent en formats de quelques minutes et sont également disponibles sur Moodle. Cette réalisation et d’autres encore sont encouragées et aidées par le service qualité de l’université de Neuchâtel, dirigé par Marika Fenley.

 

Tutos et vidéos en métrologie

Équipement ENSMM

L’ENSMM aussi mise sur le développement des technologies pour promouvoir de nouvelles formes d’enseignement auprès de son équipe pédagogique et apporter du soutien à ses élèves. La réalisation de tutoriels pour aborder les TP de métrologie en première année est une bonne illustration de cet engagement. Les élèves de première année, à l’issue de leur prépa, n’ont pour la plupart pas encore eu l’occasion de travailler sur machine. Pour les assister dans cette découverte et pour qu’ils adoptent d’emblée les bons gestes, des tutoriels sont mis à leur disposition sous forme de vidéos. Sur la tablette qui leur est confiée, apparaissent des captures d’écran d’ordinateur pour les explications et des images de réglages machine pour le savoir-faire.

Enseignant-chercheur en fabrication mécanique et chargé de mission à l’innovation pédagogique, Pierrick Malecot est à l’initiative de ce projet. Il en est aussi l’artisan, avec quelque 150 heures de travail consacrées à la réalisation de ces supports de formation, en collaboration avec Vincent Trécoire, ingénieur en technologies de la formation, et les techniciens audiovisuels Frédéric Péquignot et Arwen Vieren. « Nous avons exécuté et enregistré toutes les manipulations attendues dans ces cours, puis effectué le montage final grâce au logiciel Camstasia avant d’intégrer les séquences dans la chaîne éditoriale Scenari. » Plusieurs vidéos de TP de métrologie sont désormais disponibles sur la plateforme pédagogique numérique Moodle ; d’autres devraient être réalisées par la suite et concerner des TP de fabrication. « Ces tutos permettent de régler plus vite et plus facilement les aspects d’ordre technique, et de libérer du temps pour aborder les questions de fond. » Le dispositif prévoit régulièrement des tests QCM pour vérifier que les procédés sont bien assimilés.

L’évaluation immédiate est une possibilité donnée aussi dans certains cours magistraux grâce au dispositif de vote Poll Everywhere. Celui-ci permet, entre autres, de suivre les acquis des élèves présents dans un amphi par le biais de leurs smartphones ou de tablettes qui leur sont prêtées. « Mieux évaluer les connaissances pour mieux adapter notre enseignement est une priorité », souligne Pierrick Malecot.
Pour atteindre ses objectifs pédagogiques, l’ENSMM a investi un budget de l’ordre de 100 000 € pour l’acquisition de matériel, et a renforcé les moyens humains du service d’appui à la pédagogie numérique en recrutant un technicien audiovisuel. Un studio de captation, un tableau tactile, une trentaine de vidéoprojecteurs avec connexions wifi et des tablettes pour équiper une classe complète figurent au nombre des premiers achats. La « rénovation pédagogique » de l’ENSMM est en plein essor et c’est le déploiement de nouveaux outils technologiques qui la garantit.

 

Serious games au service de la santé

Avec des allures de jeux vidéo mais un contenu des plus sérieux, les serious games sont des supports de plus en plus prisés pour l’enseignement, notamment en santé. Les chercheurs et ingénieurs de la Haute Ecole Arc et de l’UTBM avaient déjà concocté une formule sur fond de réalité virtuelle pour sensibiliser aux troubles musculo-squelettiques (TMS), dans un projet Interreg lancé en 2017. À la Haute Ecole Arc encore, un autre projet concerne la fin de vie et évalue les relations que les étudiants entretiennent avec les patients et les soignants, ainsi que leur aptitude à gérer les situations qu’ils sont susceptibles de rencontrer.
À l’université de Franche-Comté, un projet mené en collaboration avec le CHU de Besançon vient tout juste de donner naissance à un serious game dédié à la découverte de l’anatomie pathologique, à destination des étudiants en médecine. Discovering Pathology propose de découvrir, sur l’espace numérique de travail de l’Université, huit cas s’appuyant sur des situations réelles. Les scénarios pédagogiques, cosignés par le SUN-IP, placent en situation virtuelle les étudiants qui, au fil du jeu, maîtrisent un peu plus les processus de traitement et d’analyse de ce domaine, pour en apprécier les apports et les limites. Cette branche médicale difficile à assimiler et vers laquelle les futurs médecins se tournent peu, revêt cependant une importance capitale. En étudiant les lésions provoquées par les maladies sur l’organisme, elle se montre d’un apport indispensable pour le diagnostic de pathologies auto-immunes, vasculaires ou infectieuses, et joue un rôle capital en cancérologie. Cette maîtrise permettra aux futurs médecins d’en faire leur spécialité ou au moins de mieux interagir avec les experts, en éclairant le contexte clinique du prélèvement par exemple. Discovering Pathology est mis à disposition des étudiants de deuxième et troisième année de médecine dès cette année à l’université. Le projet a été dirigé par le professeur Valmary-Degano et a fait l’objet du travail de thèse d’Anthony Jacquier au CHU de Besançon. Il a reçu le soutien financier de l’Union européenne par le biais du FEDER.

 

Correction automatisée et rattrapage au fil de l’eau

Évaluation à l’UTBM également, où depuis deux ans, les cours de physique des nouveaux arrivants font l’objet d’examens à correction automatisée (ECA). Les traditionnelles évaluations semestrielles sont scindées en plusieurs acquis d’apprentissage, pour lesquels le contrôle des connaissances est intensifié. La formule peut paraître contraignante, mais elle a le mérite d’inclure des épreuves de rattrapage… parfois bien utiles.

Les résultats, et c’est bien là le but, n’en sont que meilleurs. En 2016 et 2017, le taux de réussite a augmenté notablement (jusqu’à 20%) et les moyennes obtenues sur certaines UV de physique se sont également nettement améliorées. Ce dispositif intervient dès le début du cursus, alors que les jeunes étudiants ont à délaisser leurs habitudes de lycéens pour adopter les méthodologies de l’enseignement supérieur.

« Des exercices spécifiquement formatés pour être corrigés de façon automatisée par un logiciel sont régulièrement imposés pour atteindre la barre des 14/20 requis pour valider ces acquis d’apprentissage », explique Gilles Bertrand, enseignant en sciences physiques et responsable des UV concernées. Les enseignants de l’UTBM ont concocté des centaines d’exercices différents pour fournir des sujets d’examen aux quelque 280 étudiants de première année.

Avec des résultats probants, l’expérience menée en physique sur les deux dernières années universitaires sera poursuivie, voire étendue à d’autres disciplines, et assortie de formations à l’utilisation du logiciel et à la rédaction d’ECA.

 

Se voir de loin

De plus en plus utilisée aujourd’hui, la visioconférence donne la possibilité de suivre des cours à distance et de partager des enseignements. C’est le cas de certains cours de masters communs à l’UFC, l’UTBM et l’ENSMM, pour lesquels les étudiants n’ont pas à se déplacer d’un site universitaire à un autre. « Il s’agit de cours magistraux, le concept peut donc s’appliquer à toutes les disciplines, de l’ergonomie à l’histoire, de la mécanique au management. La seule contrainte est de disposer de salles parfaitement équipées », témoigne Sophie Bertonneau, ingénieure pédagogique à l’UTBM. En test actuellement pour rendre plus interactifs ces cours en visioconférence : des connexions établies avec les étudiants via leurs smartphones, afin qu’ils puissent poser des questions et interagir comme dans un cours classique.

Toujours dans l’idée de partager ses informations et de communiquer, les boîtiers de travail collaboratif permettent de connecter son ordinateur à l’écran d’une salle de cours pour une composition collective. Sophie Bertonneau explique que « les étudiants peuvent apporter des annotations sur les documents affichés et échanger leurs pratiques. Travailler en groupe est habituel pour nos étudiants ; ces outils sont un plus pour faciliter les échanges. » Si le dispositif évoque celui du tableau blanc interactif, ces boîtiers présentent l’avantage de se connecter à tout matériel et de fonctionner en wifi, des gages de simplicité et de réactivité.

 

Les enfants du paradis, Intouchables ou Buffet froid ?

Films symboles de différentes époques du cinéma français, ils ont prêté leurs scènes fétiches à l’apprentissage de la phonétique à l’Institut de langue et de civilisation françaises de l’université de Neuchâtel. « De langues et de cultures différentes, nos étudiants ont un objectif commun : apprendre le français. C’est pour les aider à maîtriser la prononciation que nous avons créé un cours de phonétique fondé sur la répétition de textes existants », raconte Maud Dubois, responsable du projet à l’Institut. « Joue-la comme Depardieu », c’est le nom du cours, s’appuie sur le jeu cinématographique, car de manière générale dans la vie, parler s’accompagne de mouvement.

Sous la direction conjointe de Maud Dubois et d’Ophélie Steinmann, professionnelle de la mise en scène, l’expérience a été menée en deux temps : reproduire l’extrait du film en adoptant le ton, la prononciation et la gestuelle le plus fidèlement possible, puis transposer la scène à un autre contexte ou à une autre époque pour la rejouer différemment. « Les étudiants se sont bien investis dans cette formule de travail inédite, mêlant plaisir du jeu scénique et apprentissage de la phonétique. »
Selon Maud Dubois, « les progrès ont été notables », et l’expérience se poursuivra à l’avenir à l’université de Neuchâtel.

 

 

CLA longue distance

Robot de téléprésence du CLA, piloté à distance. L’interlocuteur apparaît dans son visage-écran et la liaison s’établit sur un ordinateur.

Avec des étudiants aux quatre coins du monde, le CLA, le Centre de linguistique appliquée de l’université de Franche-Comté, a toujours déployé des trésors de créativité pour assurer des contacts à distance et réussir l’intégration, sur place, d’apprenants issus de multiples cultures. Innovation pédagogique et nouvelles technologies sont deux fers de lance qui lui valent une réputation de pionnier dans l’enseignement des langues.

Une démonstration symbolique en a été faite à l’automne dernier, à l’occasion des 60 ans de l’institution, avec l’organisation d’un colloque international entièrement en ligne.
Sur le thème « Innovation pédagogique, numérique et apprentissage des langues », 13 conférenciers se sont adressés à une cinquantaine de participants, de la Chine à l’Italie, de la Norvège au Mexique, sans qu’aucun d’entre eux n’ait eu à se déplacer.
Un colloque scientifique dont les deux journées se sont entièrement orchestrées à distance, et cela malgré la contrainte du décalage horaire. Le colloque était également retransmis en direct dans les universités de Lille, Grenoble, Paris et Besançon.
« Ce format est une opportunité formidable pour faire avancer la recherche, et c’est une expérience que nous allons renouveler », raconte Sophie Othman, spécialiste du numérique et de l’enseignement des langues au CLA, qui a piloté ce projet.

Longue distance également pour le master Métiers du FLE 1 ingénierie de la formation et coopération internationale, dont seules deux semaines de cours sont assurées en présentiel, au mois d’octobre et de janvier. Pour le reste, le contenu des deux années de ce master hybride est entièrement dispensé en ligne sur une plateforme de formation à distance. « Cette formule rend pleinement accessible ce master aux ensei­gnants ou futurs enseignants internationaux. Cela concerne des centaines d’étudiants tous les ans à travers le monde ».

1 Français langue étrangère

 

La réalité virtuelle, support d’enseignement

Structure géologique à plusieurs échelles.
Image Chrono-environnement

Étonnantes voire spectaculaires, les possibilités offertes par la réalité virtuelle (RV) servent l’efficacité pédagogique avant tout. À l’UFC, elles viennent en complément des études de terrain menées en géologie. « Aller sur le terrain est indispensable dans notre discipline, mais tout n’est pas accessible avec des groupes d’étudiants ; la réalité virtuelle recrée l’environnement à étudier à l’intérieur même de la salle de TP ! » Flavien Choulet est enseignant-chercheur, Nicolas Carry est ingénieur d’étude : au sein de l’inter-CMI, ils développent des outils de RV à travers deux projets : REVE, financé par la Région Bourgogne – Franche-Comté, qui a permis l’acquisition d’équipements importants, et NIRVANA, un projet RITM BFC1 qui constitue le volet opérationnel d’un programme ambitieux pour les besoins des enseignements en géologie, notamment du CMI Géologie appliquée.

Appareils photo, tête panoramique motorisée, imprimante 3D, scanner 3D, drone, casques de RV et stations de calcul ont investi un local du département de Géosciences pour créer une véritable station technologique. Des images prises à 360° et traitées par photogrammétrie sont à l’origine de la reproduction d’un environnement réel, dans lequel il devient possible, grâce à la RV, de se balader pour mieux le questionner. Un fossile rare peut être cloné par impression 3D en autant d’exemplaires que souhaité, pour manipulation dans un groupe de TP. Des photos en gigapixels montrent l’ensemble d’une structure géologique, par exemple une falaise, jusqu’à en détailler le moindre pli ou le moindre détail minéral, grâce à un puissant zoom. Une paroi rocheuse devient un objet 3D observable à l’écran sous toutes les coutures et analysé géométriquement.

« Cela n’empêche pas les étudiants d’avoir à comprendre et à apprendre le mécanisme de report des données sur une carte, mais cela permet de gagner beaucoup de temps sur certaines séances, que l’on peut consacrer à d’autres apprentissages, explique Flavien Choulet. Et au-delà de ces aspects pratiques, recourir à ces technologies améliore l’implication des étudiants et permet de leur donner une culture géologique plus grande ».

1 RITM BFC, pour Réussir, innover, transformer, mobiliser en Bourgogne – Franche-Comté, regroupe l’ensemble des dispositifs mis en œuvre pour assurer une meilleure réussite des étudiants. Ce projet élu au titre du 3 e volet du Programme investissement d’avenir (PIA 3 – 2016) est programmé sur 10 ans, et financé par l’ANR.

 

L’innovation est de manière générale bien accueillie par les étudiants, notamment lorsqu’elle s’accompagne de technologie. Du côté des enseignants, l’innovation pédagogique fait aussi son chemin. Dans les deux cas, elle suscite parfois certaines réticences, car elle oblige à bousculer ses habitudes et à sortir de sa zone de confort. Auprès des étudiants comme des professeurs, la rénovation de l’enseignement ne saurait s’opérer sans évaluation : avancée de projets, perception des dispositifs mis en place, pérennité des actions entreprises… les résultats seront affichés au fil des années.

Bonne rentrée à tous !

 

Contact :
Université de Franche-Comté

• INSPÉ (ex-ÉSPÉ)
Christophe Reffay
Tél. +33 (0)3 81 65 71 86

Arnaud Simard
Tél. +33 (0)6 89 33 13 14

• CMI-FIGURE UFC
Cursus master ingénierie
Maxime Jacquot
Tél. +33 (0)3 63 08 24 16

• CMI Géologie appliquée
Flavien Choulet

• CLA
Sophie Othman
Tél. +33 (0)3 81 66 52 00

Université de Neuchâtel

• Institut d’analyse financière Faculté de sciences économiques
HEC Montréal
Département de sciences de la décision
David Ardia
Tél. +1 514 340 610

• Faculté de droit
Thierry Obrist
Tél. +41 (0)32 718 15 23

• Institut de langue et civilisation françaises
Maud Dubois
Tél. +41 (0)32 718 19 91

ENSMM

• Innovation pédagogique
Pierrick Malecot
Tél. +33 (0)3 81 66 60 24

Haute Ecole Arc

• Coordination recherche appliquée et développement
Jérôme Mizeret
Tél. +41 (0)32 930 11 15

UTBM

Gilles Bertrand
Tél. +33 (0)3 84 58 32 91

• Direction aux formations et à la pédagogie
Sophie Bertonneau
Tél. +33 (0)3 84 58 32 68
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