Université de Franche-Comté

En hommage à Henri Sainte-Claire Deville

Son nom est peu connu du grand public, il est pourtant attaché à des découvertes et des avancées scientifiques de premier plan dans les domaines de la chimie et des matériaux. Henri Sainte-Claire Deville (1818-1881) fut aussi doyen de la faculté des sciences de Besançon, qui, aujourd’hui muée en UFR Sciences et techniques de l’université de Franche-Comté, lui rend hommage en donnant son nom à l’un de ses amphithéâtres, à l’occasion du bicentenaire de la naissance du scientifique.

 

Extrait d'une huile sur toile de Léon augustin Lhermitte, 1890, Paris, École normale supérieure. © Bridgeman images

Extrait d’une huile sur toile de Léon augustin Lhermitte, 1890,
Paris, École normale supérieure. © Bridgeman images

« Entrez, Messieurs, dans une Faculté des Sciences, vous trouverez partout et constamment vie et activité. […] Pour qu’une Faculté des Sciences soit un centre de travail et d’activité scientifique, il faut que les professeurs soient dans leurs laboratoires au milieu de leurs instruments et qu’ils y soient à l’aise ».

Lorsqu’il prend ses fonctions de doyen de la faculté des sciences de Besançon et prononce son discours d’investiture, Henri Sainte-Claire Deville n’a que 26 ans. En cette année 1845, la faculté ouvre ses portes dans la capitale comtoise suivant les directives de Napoléon, après que la Révolution de 1793 avait décidé la suppression des universités. C’est donc une charge et une organisation toutes nouvelles qu’inaugure le scientifique dans des locaux alors installés dans les bâtiments universitaires de la rue Mégevand.

Également professeur de chimie, Henri Sainte-Claire Deville se voit bientôt confier par la ville de Besançon une étude sur les eaux du Doubs et sur les sources environnantes, pour laquelle il invente des procédés analytiques. Il détermine la présence de carbonate de calcium dans le Doubs, ce qui n’est pas une surprise dans ces eaux riches en calcaire. Cependant il met aussi en évidence, et c’est là une première, l’existence de silice, de nitrates et d’azote dans la rivière et dans les sources, concluant au rôle fertilisant des eaux pour les prairies.

En parallèle à ces analyses de terrain, Henri Sainte-Claire Deville réussit dans son laboratoire bisontin à réaliser la synthèse de l’anhydride de l’acide nitrique (N205), démontrant qu’il est possible d’obtenir un anhydride d’acide monobasique, contrairement aux certitudes défendues par les chimistes les plus illustres de l’époque. C’est une découverte capitale pour la science comme pour sa carrière : elle lui vaut la considération du monde scientifique européen, et une nomination à l’École normale supérieure à Paris.

 

DE LA CHIMIE DES EAUX À CELLE DES MATÉRIAUX

D'après Gabriel Jules Thomas, Buste d'Henri Sainte-Claire Deville, 1882. Il est l'un des rares témoins de la production en aluminium antérieure à 1886

D’après Gabriel Jules Thomas, Buste d’Henri Sainte-Claire Deville, 1882. Il est l’un des rares témoins de la production en aluminium antérieure à 1886

En 1854, Henri Sainte-Claire Deville fait ses bagages et quitte Besançon, non sans avoir fait l’éloge des qualités scientifiques de ses collègues et d’une ville qui sut se montrer accueillante avec lui et généreuse pour la faculté. Ce n’est que peu d’années plus tard, en 1854, que sa renommée confine à la célébrité lorsqu’il parvient à produire chimiquement de l’aluminium.  L’empereur Napoléon III finance ses travaux, qui aboutiront à la présentation des premiers lingots d’aluminium à l’exposition universelle de 1855 à Paris, aux côtés des joyaux de la Couronne ! La production est assurée par une usine qui, installée à Nanterre, produit en 1859 500 kg d’aluminium, essentiellement pour la bijouterie.

Car le « procédé Deville », pour être innovant, n’en est pas moins coûteux, et place l’aluminium au même prix que l’or. Même si le choix de la bauxite comme minerai d’origine pour extraire l’alumine s’avère judicieux pour réduire les coûts de fabrication, une idée là encore signée Deville, il faudra attendre 1886 et la découverte du procédé électrolytique de production de l’aluminium pour que ce dernier devienne un matériau bon marché. Le chimiste en avait eu l’intuition : « L’aluminium est susceptible de devenir un métal usuel ». Lui-même avait expérimenté l’approche électrolytique, mais les cinq piles alors à sa disposition n’étaient pas assez puissantes pour fournir l’intensité électrique nécessaire au procédé.

Henri Sainte-Claire Deville fait d’autres recherches sur des métaux peu communs, comme le platine ; il est l’auteur du concept fondamental de dissociation chimique ; il détermine la composition chimique de nombreux produits pétroliers ; mais, farouche défenseur de l’expérimentation, il se dresse contre la théorie atomique, qui pour lui n’est qu’une « vue de l’esprit ». Unanimement reconnu pour ses travaux, élu membre de nombreuses académies des sciences de par le monde, admis dans les cercles scientifiques et littéraires parisiens, Henri Sainte-Claire Deville s’éteint en 1881, à l’âge de 63 ans, vaincu par les vapeurs toxiques qu’il respire au cours de ses expériences sur les métaux.

 

 

INAUGURATION SCIENTIFIQUE

C’est l’un des sept amphithéâtres de l’UFR Sciences et techniques : « l’amphi C » perd son anonymat pour prendre le nom d’Henri Sainte-Claire Deville le 13 décembre prochain. Sous le patronage de la Société chimique de France, interventions retraçant la carrière du chimiste français et démonstrations autour de ses travaux ponctueront une manifestation placée sous le signe de la mémoire pour accompagner l’inauguration. Des posters habilleront les murs de l’amphithéâtre de façon pérenne pour évoquer l’œuvre du scientifique. « Il est important pour les étudiants d’avoir une certaine connaissance de l’histoire des sciences, de comprendre comment la recherche a évolué au gré des influences dont elle a bénéficié ou qu’elle a subies », explique Sylvain Picaud, directeur de l’Institut UTINAM, à l’initiative de l’hommage qui sera rendu à Henri Sainte-Claire Deville.

 

Contact : Institut UTINAM - UFC / CNRS
Sylvain Picaud / Edith Burgey
Tél. +33 (0)3 81 66 64 78 / 69 13
sylvain.picaud[at]univ-fcomte.fr / edith.burgey[@]tinam.cnrs.fr
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