Université de Franche-Comté

Économie circulaire : coup de grâce pour l’obsolescence programmée

Si, en 1879, les premières ampoules de Thomas Edison étaient capables d’atteindre une durée de vie de 10 000 heures, nos ampoules contemporaines sont programmées pour mourir à l’aube de leur 2 500ème heure… des chiffres alarmants pour illustrer un phénomène qui l’est tout autant : l’obsolescence programmée. Plusieurs participants1 se sont retrouvés en avril dernier à l’occasion d’un Café scientifique organisé par l’université de Neuchâtel sous la houlette de Cinzia Dal Zotto, professeure associée à l’Institut de l’entreprise, afin de débattre autour du futur de cette maladie des machines. Adrian Holzer, directeur de l’Institut du management de l’information à l’UniNE, était présent pour revenir sur les enjeux et l’importance de l’économie circulaire, concurrente directe de l’obsolescence programmée, dans une ère de transformation numérique.

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Nous avons atteint un moment charnière en termes de ressources disponibles sur Terre. L’une des priorités actuelles est donc de trouver un moyen d’accorder une seconde vie aux objets et matériaux déjà en circulation. Dorénavant, prêts d’outils et revente d’objets sur Internet, applications de covoiturage et reconditionnement des gadgets de notre quotidien sont autant de possibilités mises à la disposition des usagers afin d’atteindre cet objectif. L’économie circulaire semble conquérir le cœur de toutes les générations, en permettant non seulement d’augmenter le pouvoir d’achat des individus, mais aussi d’avoir un impact positif sur l’environnement en réduisant la pollution inhérente à la production d’un objet. Si les Français semblent se tourner plus naturellement vers le reconditionnement des téléphones que les Suisses, ces derniers commencent néanmoins à rejoindre la tendance, en réponse à une augmentation de 100% des prix des smartphones dans le pays ces dernières années. Dans l’Hexagone, 25 à 30 % des téléphones achetés se voient offrir une seconde vie, contre 3 à 4 % de l’autre côté de la frontière – des chiffres destinés à augmenter dans le futur.

Si l’économie circulaire dessine un futur plus écologique et plus abordable pour tous, elle connaît malgré tout un frein de taille : l’impossibilité actuelle de réutiliser l’ensemble des matériaux contenus dans les objets de notre quotidien. En effet, contrairement aux premiers téléphones mis sur le marché, nos smartphones ne peuvent aujourd’hui plus être démantelés, leurs composants étant dorénavant collés les uns aux autres, rendant ainsi leur réutilisation inenvisageable. Un véritable défi se joue donc au cœur de ce nouveau modèle économique.

Aujourd’hui, moins de 10 % des ressources est réinjecté dans la boucle de l’économie circulaire. La production d’un smartphone de 300 g nécessite par exemple 70 kg de matières premières, représentant plus de 60 kg de déchets qui risquent de ne pas être recyclés dans leur totalité. Les experts projettent qu’une amélioration de la situation ne sera pas possible sans une nouvelle mentalité du consommateur, qui devra encore plus se tourner vers une perspective de réutilisation des objets. Contrarier ou non le système de production actuel est une grande responsabilité pour les acheteurs du futur, qui tiennent le sort de l’obsolescence programmée entre leurs mains.

1 Jérôme Grandgirard, Country Manager Suisse, Re!Commerce Group ; Adrian Holzer, professeur à l’Institut du management de l’information, UniNE ; Laurent Maeder, Co Lead Business Lab Circular Economy, Impact Hub Lausanne ; Nils Moussu, collaborateur scientifique, sanu durabilitas et Circular Economy Switzerland ; modération par Cinzia Dal Zotto, professeure à l’Institut de l’entreprise , UniNE
Contact :
Institut de l’entreprise
Université de Neuchâtel
Cinzia Dal Zotto
Tél. +41 (0)32 718 14 72
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