Université de Franche-Comté

Déplacements et environnement : que pensent les Français ?

Dans un contexte de prise de conscience des menaces qui pèsent sur la planète, et de revendications environnementales et sociales fortes, l’enquête PaNaMo donne un éclairage sur l’opinion des Français à propos des questions de mobilité. Cette enquête ambitieuse, conduite auprès d’un large panel 1 représentatif de la population française, est menée au laboratoire ThéMA par Thomas Buhler, enseignant-chercheur en aménagement de l’espace et urbanisme. Deux vagues, programmées en 2018 et 2019, permettent de comparer le ressenti et les comportements de quelque 2 300 personnes à un an d’intervalle.

Analyse en finesse

« Pas moins de 450 variables correspondent aux réponses de chaque individu, ce qui autorise de très nombreux croisements et assure une richesse et une finesse d’analyse exceptionnelles pour une enquête sur les mobilités », indique Thomas Buhler.

Les opinions des trois catégories : engagés, sceptiques et expectants.

À partir de leurs réponses à cinq questions spécifiques aux représentations environnementales, les participants ont été catégorisés, constituant trois groupes d’importances comparables : les engagés, les expectants et les sceptiques. Si dans l’ensemble tous s’accordent à penser que la planète va plutôt mal, les sceptiques n’en ressentent que moyennement l’impact sur leur qualité de vie. Les engagés pensent que les citoyens ont une part active à jouer dans la préservation de l’environnement, quand les expectants attendent davantage des gouvernements et des industriels, d’où leur nom.
« Entre 2018 et 2019, 51 % des personnes interrogées ont changé de groupe, relève le géographe, cela montre à quel point l’état de l’opinion n’est pas fixée ». L’enquête montre cependant une augmentation générale du nombre d’engagés et d’expectants, au détriment des sceptiques qui passent de 39 % à 27 %. De nombreuses pistes ont été explorées pour expliquer l’appartenance à une catégorie.

Le « capital culturel » d’une personne est défini par un ensemble de ressources culturelles acquises via l’environnement familial, les différentes formes de socialisation et le système scolaire. C’est l’élément qui détermine en premier lieu qu’une personne soit préoccupée par l’environnement (expectant ou engagé). Le capital culturel d’une personne est bien plus déterminant que le niveau d’étude, le revenu, l’âge, le genre, le fait d’avoir des enfants à la maison ou même la sensibilité politique.
La seconde explication réside dans l’habitude d’utiliser l’automobile au quotidien : plus les personnes utilisent leur voiture de manière automatique, sans y penser, plus elles sont sceptiques face aux conséquences des changements climatiques sur leur qualité de vie.

« Les critères géographiques, comme le type de ville ou de quartier habité, ne sont pas les plus importants, ni même le fait d’avoir à se déplacer beaucoup. Ce qui entre vraiment en ligne de compte, c’est la dimension psychologique qui s’est construite autour de la voiture, qui peut aller jusqu’à une identification forte avec la personne. » Des automatismes aussi ancrés psychologiquement pèsent lourd et induisent des représentations plutôt défavorables aux changements individuels ou collectifs.

Se mettre au vélo ?

En 2018, 908 citadins sur 1 220 déclaraient ne pas faire de vélo pour leurs déplacements quotidiens. Outre l’âge, les revenus et l’état de santé déclaré, le genre est déterminant : une femme a deux fois moins de chance qu’un homme d’être « cycliste utilitaire ». La faute aux stéréotypes : « Les modèles éducatifs parentaux et les normes adolescentes ont longtemps valorisé l’autonomie et la prise de risque surtout chez les jeunes garçons ».
Entre 2018 et 2019, on retrouve une certaine stabilité du nombre de cyclistes, mais là encore les flux entre les différents groupes sont importants. En dépit des difficultés à circuler à vélo dans de nombreuses villes françaises, le passage à l’acte est primordial et reste le meilleur prédicteur des comportements à venir, plus que les intentions ou les savoir-faire d’une personne. Ceux qui faisaient du vélo la première année de l’enquête avaient 9 fois plus de chances que les autres d’en faire l’année suivante. « Les collectivités qui souhaitent faire émerger des changements dans les comportements doivent clairement mettre les gens sur des vélos, au moins une fois, pour leurs trajets quotidiens, en recourant à diverses incitations », conclut Thomas Buhler.

1 L’enquête bénéficie du dispositif ELIPSS proposé par Sciences Po Paris à des équipes de chercheurs sélectionnées, autorisant l’accès à ses 3 000 panélistes en France sur plusieurs années.
Crédit photo : © Alejandro Lopez sur Unsplash
Contact(s) :
Laboratoire ThéMA
UFC / UB / CNRS
Thomas Buhler
Tél. : +33 (0)3 81 66 54 81
retour