Université de Franche-Comté

Coquilles d’escargots recyclées pour la chimie

Les déchets produits par l’élevage d’escargots pourraient servir à la mise au point de réactifs et de catalyseurs biosourcés pour l’industrie chimique. Une expérience probante réalisée à l’Institut UTINAM.

© Cablemarder Pixabay

 

 

C’est peu de dire qu’en France on aime les escargots : 64 000 tonnes sont consommées chaque année ! Pas plus de 1 000 tonnes sont produites dans l’hexagone, et deux établissements publics français seulement dispensent des formations en héliciculture, dont le centre CFPPA de Besançon. Les déchets issus de la production des escargots au CFPPA sont confiés aux chercheurs de l’université de Franche-Comté, qui en font l’objet d’expériences en chimie dans un but de valorisation.

 

 

 

 

Produits chimiques biosourcés

Une idée née de la réflexion conjointe d’Annette de Vaufleury, écotoxicologue au laboratoire Chrono-environnement et de Jérôme Husson, chimiste à l’Institut UTINAM. Les « déchets » d’escargots concernés, après élevage et transformation, comportent coquille, système digestif et appareil reproducteur. Ces déchets sont essentiellement composés de calcium, dont la coquille est un véritable concentré. Leur incinération à 600°C et à 1 000°C permet de récupérer respectivement du carbonate et de l’oxyde de calcium, utilisés comme réactifs et catalyseurs en chimie. Les premiers résultats sont très encourageants puisque les substances obtenues sont d’une efficacité comparable à celle des produits industriels actuels. Les chercheurs poursuivent l’expérience autour de l’effet cocktail que pourrait produire l’association calcium, zinc, strontium et cuivre, des éléments chimiques naturellement présents dans les déchets d’escargots. « C’est une opportunité pour produire des réactions qui n’ont jamais été testées en chimie organique, et qui se montreront peut-être plus efficaces encore » explique Jérôme Husson. Cela à partir d’une formule déjà élaborée par la nature, à l’intérieur d’une infinité de combinaisons possibles.

Les premières expériences de laboratoire, financées par l’OSU-THETA1, présentent un double intérêt : réduire la quantité de déchets issus des élevages d’escargots, et les transformer en produits chimiques biosourcés utiles à l’industrie, notamment pharmaceutique, dont les process sont actuellement très polluants.

1 Observatoire des sciences de l’Univers – Terre Homme Environnement Temps Astronomie de Franche-Comté – Bourgogne

 

Escargots en route pour l’Europe

Evaluation de la biodisponibilité de métaux sur un ancien site minier. Escargots petits gris sentinelles – Photo Annette de Vaufleury – Laboratoire Chrono-environnement

Absorbant divers contaminants aussi sûrement qu’une éponge le fait avec de l’eau, les escargots sont d’excellents indicateurs de pollution, que les chercheurs du laboratoire Chrono-environnement étudient depuis plus de vingt ans. Les méthodes qu’ils ont mises au point aident à la prise de décision territoriale, et partout ont fait leurs preuves. Ainsi la cartographie des transferts de pollution montre comment, à Lille, la revalorisation de friches urbaines est possible pour de nouvelles constructions ; si, à Paris, certains terrains peuvent donner naissance à des jardins ouvriers, ou encore qu’à St Etienne, la persistance de la présence de PCB voue une zone sinistrée à la création d’un parc de panneaux solaires.

« Ces outils font l’objet d’un projet de normalisation international et sont disponibles sur un site web dédié, qui, de la bactérie au mammifère, propose une quinzaine de bio-indicateurs pour tester la viabilité des terrains. » raconte Annette de Vaufleury. Les recherches menées à Chrono-environnement sont uniques en France. Elles concernent non seulement les métaux mais aussi d’autres substances chimiques, comme les pesticides, pour lesquelles les escargots peuvent renseigner sur le danger écotoxique.

Contact :
Laboratoire Chrono-environnement
Annette de Vaufleury
Tél. +33 (0)3 81 66 57 88
annette.devaufleury[at]univ-fcomte.fr
Institut UTINAM
Jérôme Husson
Tél. +33 (0)3 81 66 62 91
jerome.husson[at]univ-fcomte.fr
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