Université de Franche-Comté

Bactéries de l’extrême

Les aventuriers les plus témé­raires et les expéditions les plus folles ont fini par apporter les preuves scientifiques d’une théorie hautement improbable : la vie microbienne existe dans les contrées hostiles, elle est capable de résister au froid extrême et a même raison du temps qui passe. Ce constat ouvre plus grand la porte à une suggestion tout aussi impensable, dont la science-fiction, elle, ne doute pas : y aurait-il une vie possible ailleurs que sur Terre ? Ce lien entre contrées glacées et galaxies lointaines, c’est la présence d’eau qui le rend envisageable.

C’est le sujet de l’ouvrage De l’Antarctique aux espaces interstellaires écrit par Yvon Michel-Briand, docteur en médecine et docteur en sciences physiques, professeur émérite de microbiologie de l’université de Franche-Comté. L’auteur recense les investigations et consigne les analyses, qui, au fil des décennies, ont enrichi la connaissance : les explorations menées en Antarctique dans des lacs d’eau douce ou salée, en Arctique dans les glaces de l’océan ou le permafrost de son désert gelé, ont permis de répertorier des bactéries vieilles de dizaines voire de centaines de milliers d’années, au métabolisme toujours actif. Ainsi les glaces du lac Vida, en Antarctique, recouvrent une saumure dont chaque millilitre contient plusieurs millions de cellules appartenant à 32 espèces bactériennes différentes, une population comptant des cellules mères âgées de 2800 ans. La vie à très basse température existe aussi dans des milieux minéraux austères, où l’on n’explique pas comment les cellules se main­tiennent en vie. Yvon Michel-Briand rappelle la découverte, en 2014 à l’extrême nord-est de la Sibérie, d’un virus géant datant de plus de 30 000 ans, dont le pouvoir infectieux était resté intact. Il dresse un inventaire de toutes les espèces répertoriées et décrit leurs principales caractéristiques, les conditions de leur existence et pour certaines même de leur croissance.

Des profondeurs gelées des océans terrestres, l’auteur s’aventure jusqu’aux confins de la Galaxie, depuis la planète Mars, qui fut un jour peuplée de lacs, jusqu’à la comète Tchouri, riche en oxygène mais sur laquelle aucune vie n’a été détectée. Et ailleurs ? L’eau, l’oxygène, indispensables à la vie telle qu’on la définit sur Terre, son présents dans bien d’autres corps célestes… « La découverte d’organismes dans des environnements extrêmes, que l’on pensait inaptes à toute existence, a rendu plus crédible la recherche d’une vie en dehors de la Terre. » L’aventure continue…

 

Michel-Briand Y., De l’Antarctique aux espaces interstellaires, Les bactéries du froid, Éditions L’Harmattan, 2018

retour