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Vers latins et mouches du vinaigre

Vignette du numéro 276 de Mai 2018

Article publié dans le numéro 276 de Mai 2018
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Remportant l’enthousiasme auprès du jury comme du public, les lauréats 2018 du concours Ma thèse en 180 secondes ont présenté des sujets de recherche bien peu ordinaires. À l’université de Neuchâtel, Pierre Siegenthaler s’attaque au sens caché de vers en latin composés au IVe siècle, quand à UBFC, Karen Rihani étudie les mécanismes de l’olfaction et de la gustation chez les drosophiles, communément appelées mouches du vinaigre. Des thèmes plus proches de nous qu’il n’y paraît…

 

Pierre Siegenthaler

Énigmes latines

Et si notre habitude de nous poser des devinettes était influencée par un livre du IVe siècle ? Peu connu par ailleurs, le poète Symposius apparaît alors comme un fondateur du genre. Chacune des cent devinettes recueillies dans ses Aenigmata est composée de trois vers, et autre particularité, indique d’emblée sa solution ! C’est cette bizarrerie qui a donné à Pierre Siegenthaler l’idée d’une énigme à décrypter au-delà de la seule devinette, et d’en faire le sujet de sa thèse en littérature latine et philologie classique. « Mon étude montre qu’il existe bien un second niveau de lecture : c’est un jeu sur le langage, sur les lettres. À mon avis Symposius était un grammairien. » Un jeu pour les lecteurs avertis, connaissant bien la langue latine, à une époque où celle-ci évolue sans cesse, perd son unité, et s’écrit sans séparation entre les mots ! Il est difficile d’en traduire le double-sens aujourd’hui, pourtant Pierre Siegenthaler a su convaincre son auditoire, et remarque d’ailleurs un regain d’intérêt pour les productions de l’Antiquité tardive (IIIe au VIe siècle), une période jusqu’ici souvent délaissée par les scientifiques. Reprises au Moyen Âge, les Aenigmata de Symposius ont donné naissance à un style qui a évolué au fil des siècles et perduré jusqu’à notre époque. Sans qu’on ait encore résolu tous leurs mystères…

 

Pierre Siegenthaler a remporté le Prix du jury et le Prix du public de Ma thèse en 180 secondes à l’université de Neuchâtel. Il concourra lors de la finale suisse le 7 juin à l’université de Fribourg.

Jouer les fines mouches

Comment une odeur captée par les antennes d’une drosophile chemine-t-elle jusqu’à son cerveau ? Ce sont des OBP qui transportent les molécules odorantes. Karen Rihani, doctorante en biologie à UBFC, étudie trois de ces protéines dans la thèse qu’elle prépare au Centre des sciences du goût et de l’alimentation de Dijon. « Ma recherche montre quelle protéine précisément est impliquée pour que la mouche perçoive le parfum de la violette. » Une odeur dont la drosophile est particulièrement friande, et qu’elle ne manque pas de suivre dès lors qu’elle la détecte. Karen Rihani a observé le comportement de mouches chez qui la protéine en question a été supprimée par manipulation génétique. « Ces mouches sont indifférentes à la violette, parce que probablement l’odeur ne parvient pas à leur cerveau. » Drosophila melanogaster est la plus commune des drosophiles. Si on la trouve plus qu’agaçante lorsqu’elle tourne autour des corbeilles de fruits trop mûrs l’été, il faut savoir qu’elle est érigée en modèle dans les laboratoires, notamment en recherche génétique, en partie pour les extrapolations à l’homme qu’on peut tirer de son observation. Visant plutôt la classe des insectes, l’étude de Karen Rihani devrait participer à une compréhension plus générale de leur système olfactif, dans l’objectif de lutter contre les nuisibles s’attaquant aux vignes et aux cultures.

 

Karen Rihani a remporté le Prix du jury, le Prix du public et le Prix des lycéens de Ma thèse en 180 secondes organisé à Besançon pour UBFC. La finale nationale aura lieu à Toulouse le 13 juin

Contact :

Pierre Siegenthaler - Institut d’histoire - Université de Neuchâtel

Tél. +41 (0)32 718 19 75

 

Karen Rihani - CSGA Dijon - CNRS / INRA / UBFC

Tél. +33 (0)7 86 05 69 15