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Football, des transferts trop chers ?

Vignette du numéro 273 de Novembre 2017

Article publié dans le numéro 273 de Novembre 2017
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Ce n’est pas à une réflexion éthique mais à un calcul scientifique que se livre l’Observatoire du football du Centre international d’études du sport (CIES) de Neuchâtel. Une méthode pionnière, mettant en jeu un algorithme élaboré sur mesure pour estimer la valeur de transfert des joueurs de foot, la comparer avec la réalité du mercato, et échafauder des prévisions. La recherche concerne les transferts opérés par les clubs du big-5, ceux participant aux grands championnats européens.

Un recul de sept années montre la pertinence du modèle neuchâtelois : les projections sont corrélées aux tendances du marché, révélant de façon surprenante que la valeur d’un transfert repose sur des éléments rationnels. « Le niveau du club acquéreur et les besoins de l’équipe influencent grandement la fixation du prix d’un transfert », rapporte Raffaele Poli, enseignant en sciences humaines à l’université de Neuchâtel et responsable de l’Observatoire du football du CIES. Ensuite interviennent les caractéristiques du joueur : son âge, le poste auquel il évolue, ses performances, les buts marqués bien sûr, mais aussi les dribbles, les résultats, les minutes passées sur le terrain… Et dans un autre registre, la durée de son contrat actuel, qu’il faudra casser, une rupture à monnayer… Mais la logique de la rationalité s’arrête là où commence celle de l’inflation, alimentée en grande partie par la mondialisation d’un sport qui fait de plus en plus d’émules sur la planète, par les recettes croissantes des clubs, notamment grâce aux droits de retransmission télévisée, toujours plus élevés… « Les premières années, la distorsion était d’environ 15 % entre notre modèle et la réalité du marché. Mais en 2016 et 2017, les transferts se sont négociés en moyenne 30 % plus chers que nos prévisions ! »

L’inflation est continue depuis cinq ans, et s’accélère. Les clubs du big-5 ont engagé deux milliards d’euros d’indemnités de transfert en 2012, 2,9 Mrd en 2014, 4,2 Mrd en 2016, atteignant le record de 5,9 Mrd en 2017, soit une augmentation de 41 % par rapport à l’année précédente. Les 222 millions d’euros du transfert de Neymar au PSG n’y sont pas étrangers, de même que les millions engagés pour les transferts de Mbappé (PSG) et Dembélé (FC Barcelone), jugés les deux opérations les plus surpayées de l’année par l’algorithme neuchâtelois. Avec un résultat négatif de 343 millions d’euros, le PSG est le champion toutes catégories du déficit occasionné par les transferts de joueurs au sein du big-5 au mercato d’été 2017. Saura-t-il récupérer sa mise ? « Le retour sur investissement… c’est un pari ! Le PSG est en tout cas aujourd’hui le seul club français à pouvoir se mesurer aux grands clubs anglais et espagnols, et espérer remporter une Ligue des champions européenne. »

 

Contact :

Raffaele Poli - CIES – Centre international d’études du sport - Tél. +41 (0)79 249 37 10 - www.football-observatory.com