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Vivre ensemble dans l'Arc jurassien

Vignette du numéro 270 de Mai 2017

Article publié dans le numéro 270 de Mai 2017
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L’Arc jurassien franco-suisse, plus simplement dénommé Arc jurassien pour utiliser une formule concise, est un territoire marqué par une géographie peu amène malgré des paysages de toute beauté, par une longue histoire commune truffée d’anecdotes en tous genres, par des collaborations fructueuses autant que par de réelles tensions, bref par des traits de caractère qui lui sont propres et fondent sa personnalité. La notion du « vivre ensemble » prend un sens tout particulier au contact du tempérament de l’Arc jurassien…

 
  

 

SOMMAIRE

- Se comprendre et se faire entendre

- Dépasser les clivages

- Entreprises en réseau

- Penser à la consommation comme levier de développement

- Une foule de petits projets

 
  

 

 

Une zone frontalière possède une identité particulière comparée à un territoire « de l’intérieur ». Un constat encore plus marqué lorsque les pays que sépare la frontière sont aussi différents dans leur organisation que peuvent l’être la France et la Suisse. Atypique à ce double titre, l’Arc jurassien franco-suisse est un exemple du genre. Caractéristiques physiques et paysages, histoire, patrimoine et culture industriels, francophonie, mobilité d’emploi, convergence des métiers fournissent ses principaux points de rapprochement, quand s’opposent les notions d’État fédéral et de pouvoir centralisé, d’isolement et d’appartenance à l’Europe économique, des murs porteurs bâtis selon des méthodes propres et qui rendent les constructions suisses et françaises fondamentalement différentes. Et rendent du coup difficiles les coopérations, entravées par des règles administratives discordantes.

La Chaud de fonds

Ville de La Chaux-de-Fonds

Alexandre Moine est chercheur en géographie au laboratoire ThéMA, où il consacre une bonne part de ses travaux à l’Arc jurassien, et enseignant à l’université de Franche-Comté ; il est par ailleurs président de l’association Forum transfrontalier. Historien, Maxime Kaci travaille également sur les questions de frontière au Centre Lucien Febvre de l’université de Franche-Comté. Tous deux remarquent qu’au-delà des clivages politiques et institutionnels, la volonté de vivre ensemble s’exprime de part et d’autre d’une frontière jugée « indispensable, car c’est elle qui exacerbe la concurrence dans une logique vertueuse » selon les mots d’Alexandre Moine. « Sans différentiel, pas de risques mais pas d’opportunités non plus », renchérit Maxime Kaci. La frontière aurait un effet moteur, dynamisant les collaborations et les initiatives bien mieux que ne sauraient le faire les regroupements et les réseaux qui en sont dépourvus. « On a forcément une relation avec son voisin, on est obligé de se positionner par rapport à ce qui se passe de l’autre côté de la frontière », sourit Didier Folzer, responsable de la qualité et des relations internationales de la Haute Ecole Arc. Cela explique l’attrait entre elles de villes voisines, qui par ailleurs sont moins aimantées que les autres par la capitale du pays, c’est une des particularités de territoires comme l’Arc jurassien. « Besançon se tourne certes vers Paris, mais témoigne aussi beaucoup d’intérêt envers ce qui se passe à Neuchâtel. »

 

Se comprendre et se faire entendre

À l’inverse, ces « régions périphériques » sont aussi oubliées des grands centres de décision parisiens et bernois, comme le déplore Laurent Tissot, historien à l’université de Neuchâtel. « En matière de transport par exemple, rien n’a bougé depuis vingt-cinq ans… Mais on voit que les politiques localement s’emparent des problèmes et ont la volonté de faire quelque chose ! » rassure-t-il. Ainsi, Philippe Receveur, ancien ministre de la santé du canton du Jura, invité d’un forum sur le thème de la frontière organisé par Maxime Kaci à Besançon en janvier dernier, en donne un exemple avec la constitution d’une plateforme binationale de défense du Doubs, créée sous l’impulsion d’élus locaux désireux de voir protégées les eaux de la rivière frontière.

L’entente et la compréhension sont plus que jamais de mise en cette période qui voit s’exacerber les tensions liées à la mobilité professionnelle. Au sens propre comme au sens figuré, « il s’affiche dans l’Arc jurassien des mouvements antifrontaliers, voire antifrançais, comme jamais », raconte Laurent Tissot. La mobilité concerne aujourd’hui trente-cinq mille travailleurs sur le secteur neuchâtelois. À l’instar de ce qui se passe sur Genève, qui voit quatre-vingt-dix mille travailleurs, français et suisses résidant en France, passer chaque jour la frontière, le canton de Neuchâtel fait preuve d’un rejet de la part d’une fraction de sa population, exaspérée par l’envahissement des voitures, un sentiment sans doute renforcé par une conjoncture défavorable : un déficit important des finances publiques neuchâteloises, un taux de chômage atteignant 6 %, contre 3% en moyenne en Suisse, un essoufflement de la croissance de l’horlogerie…

« L’Arc jurassien a toujours connu une mobilité importante, mais il a été épargné par les mouvements radicaux, souligne Laurent Tissot. Les actions locales, comme celles menées par la Conférence transjurassienne (CTJ) pour mieux comprendre les problèmes des uns et des autres, ainsi que la cohérence d’une culture tournée vers les métiers de la petite mécanique, du décolletage, de l’horlogerie, ont sans aucun doute aidé à une meilleure entente », explique l’historien, qui souligne par là même toute l’importance de se comprendre. Une argumentation qui visiblement pour certains ne suffit plus, alors que les spécialistes s’accordent tous à reconnaître comme capital l’apport de la main-d’œuvre française dans le succès de l’économie suisse. « Toutes ces tensions et ces problèmes ont tendance à épaissir la frontière », note Laurent Tissot, alors même que les effets positifs du dynamisme qu’elle devrait générer ne se font pas suffisamment sentir. À bien des égards la frontière reste rigide. La coopération est là, mais souffre encore d’un manque de fluidité administrative et de concertation, qui empêchent l’Arc jurassien d’entrer pleinement dans le cercle vertueux évoqué par Alexandre Moine.

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L’Arc jurassien en structures

Plusieurs organisations, qu’elles soient institutionnelles ou citoyennes, œuvrent au nom de l’Arc jurassien franco-suisse…

La gouvernance transfrontalière est assurée par la Conférence transjurassienne (CTJ), née en 1985, mais connue sous ce vocable depuis 2001. La CTJ réunit les élus des quatre cantons suisses concernés, Jura, Berne, Neuchâtel et Vaud, ainsi que la Région et la Préfecture de Bourgogne - Franche-Comté. À l’intérieur de cette structure politique, l’association suisse arcjurassien.ch est un dispositif opérationnel depuis quatre ans, chargé de mettre en œuvre sur le terrain transfrontalier les décisions émanant de la CTJ. Son pendant français, arcjurassien.fr, est en cours de construction.

La CTJ a initié la création de la Communauté du savoir (CdS), soutenue successivement par les programmes Interreg IV et V, et destinée à promouvoir les liens entre les établissements d’enseignement supérieur en matière de formation et de recherche. Le réseau compte sept établissements membres : l’École Nationale Supérieure de Mécanique et des Microtechniques (ENSMM), la Haute Ecole Arc (HE-Arc), la Haute Ecole d'Ingénierie et de Gestion du Canton de Vaud (HEIG-VD), la Haute Ecole Pédagogique BEJUNE (HEP-BEJUNE), l’Université de Franche-Comté (UFC), l’Université de Neuchâtel (UniNE) et l’Université de Technologie Belfort-Montbéliard (UTBM).

InnovArc, quant à lui, porté par arcjurassien.ch et la CCIR de Bourgogne - Franche-Comté, se définit comme un réseau d’impulsion et de soutien à l’innovation ; il oriente son action vers les PME et start up du territoire, et compte 250 entreprises membres.

Aux côtés de ces instances officielles, le Forum transfrontalier fêtera son dixième anniversaire en octobre prochain. Il se présente comme un think tank, un réservoir d’idées pour lequel toutes les intelligences citoyennes sont les bienvenues. Nourri de constats et d’enquêtes de terrain, de travaux scientifiques et empiriques, il fournit informations et préconisations et s’attache à promouvoir l’identité de l’Arc et sa communication.

 

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Dépasser les clivages

Cependant des initiatives, encouragées voire impulsées par les instances politiques locales, apportent leur pierre à l’édifice franco-suisse et s’efforcent de lui assurer de solides fondations. Ainsi la Communauté du savoir (CdS) s’est donnée pour mission première de pérenniser les collaborations académiques, qui selon un bilan établi par la CTJ en 2010, sont bien vivantes mais restent trop souvent ponctuelles. Un travail de fond autant que la mise en place d’actions concrètes, comme le raconte Didier Folzer. « On voit bien, avec un recul de trois ou quatre ans désormais, que les relations sont plus fortes. Chercheurs et enseignants se sont rencontrés au cours de colloques ou d’ateliers, ils apprennent à mieux se connaître, à se comprendre et à parler de leurs objectifs. » La façon de considérer la recherche en France et en Suisse est par exemple fondamentalement différente. « En France, la recherche doit donner lieu à des publications scientifiques ; en Suisse, elle doit produire des prototypes. » Dépasser ce clivage, voire en faire un échange de vues et de procédés fructueux, est aujourd’hui plus facilement envisageable.

personnages français et suisse

© Conférence transjurassienne

Didier Folzer souligne l’implication des établissements d’enseignement supérieur partenaires de la CdS dans une démarche parfois gravée dans le marbre, comme à la HE-Arc où le développement des relations transfrontalières est désormais inscrit de façon formelle dans les missions de l’école. « Il faut être patient et tenace ; les bénéfices de la CdS, qui est un outil privilégié de la volonté politique, se font sentir peu à peu et doivent être évalués finement, sur le long terme. » Un travail de fourmi pour un développement durable des coopérations, servi par des actions concrètes et guidées par les réflexions provenant du terrain, non seulement de la part des universitaires mais aussi du tissu socio-économique, impliqué à des degrés divers dans les collaborations de recherche.

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Le droit comparé interpelle la Communauté du savoir

Comparer le droit pénal de la France et celui de la Suisse ? Un exercice audacieux, qui remporte l’enthousiasme d’enseignants-chercheurs en droit à Besançon et à Neuchâtel, et une démarche financièrement facilitée par la Communauté du savoir. L’idée est de faire s’éloigner les étudiants de leurs acquis et des connaissances accumulées au cours de leur formation sur le droit de leur pays, le temps d’une immersion dans un autre système.

« C’est une ouverture intéressante, elle montre aux étudiants qu’ailleurs on peut fonctionner différemment, et fonctionner bien également », explique Béatrice Lapérou-Scheneider, codirectrice du master Droit contentieux et directrice du Centre de recherches juridiques de Franche-Comté (CRJFC) à l’université. L’échange de vues aura lieu sur deux jours en décembre à Frasne (25), dans des locaux utilement situés à proximité de la gare TGV, entre une cinquantaine d’étudiants français et suisses de niveau master 2. La CdS intervient dans le montage du projet, d’une part en accordant un budget de 50 € par jour et par étudiant pour l’hébergement et les repas, d’autre part en dispensant les organisateurs de démarches fastidieuses et coûteuses, les virements bancaires entre les deux pays relevant encore de la quadrature du cercle.

Classification des infractions, détermination des peines, durée des prescriptions, déclenchement des poursuites, les droits respectifs des deux voisins seront disséqués jusque dans leur vocabulaire, qui parfois se plaît à utiliser le même vocable pour décrire des notions différentes, ou à l’inverse s’amuse à nommer différemment des concepts identiques. Des heures de cours seront intégrées aux maquettes des deux formations pour faire écho à la séance organisée à Frasne. Et au-delà de l’intérêt pédagogique de cette initiative, les recherches effectuées en préalable sur ce vaste sujet du droit pénal comparé donneront lieu à l’édition d’un ouvrage1 dans le courant de cette année. « Il constituera une base pour mieux se comprendre et travailler ensemble, et aidera à régler les questions de droit qui inévitablement concernent les réglementations des deux pays dès lors qu’elles se posent en territoire transfrontalier », précise Béatrice Lapérou-Scheneider.

 

1 Jeanneret Y., Kuhn A, Lapérou-Scheneider B., Le droit pénal français et le droit pénal suisse mis en parallèle, à paraître en 2017

 

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Entreprises en réseau

L’entreprise n’est d’ailleurs pas oubliée par le politique. Le dispositif InnovArc est depuis sept ans dédié au soutien et à la mise en relation des projets des PME et des start up de l’Arc jurassien. « Les 24 heures d’InnovArc sont des manifestations appréciées des entreprises et sont désormais bien identifiées et ancrées sur le territoire », estime Alexandre Gabus, d’arcjurassien.ch, et chef du projet InnovArc côté suisse.

En témoigne la participation de soixante-quinze entreprises et une parité franco-suisse significative lors de la dernière session qui s’est tenue à Besançon en novembre dernier, sur le thème des « technologies innovantes et services numériques ». 

réunion innovARC

© Conférence transjurassienne

Au centre de la douzième édition, prévue en fin d’année 2017 dans le canton de Berne, le thème des convergences transfrontalières : elles ne manquent pas, du domaine des microtechniques à celui du bois, en passant par le médical, l’agroalimentaire, le luxe, la plasturgie ou encore l’énergie. « Les acteurs trouvent une vraie plus-value à ces rencontres, qui leur apportent des informations, des idées, des méthodes de travail et des partenaires potentiels pour étoffer leur réseau », commente Nathalie Rébert, de la CCIR de Bourgogne - Franche-Comté, et responsable du projet pour sa partie française. La convivialité est toujours au rendez-vous des 24 heures, dans un souci de privilégier partage et échanges autour de la dégustation de produits du terroir et de visites culturelles. Les repas sont organisés selon un modèle dynamique, où les convives sont invités à changer de voisins de table à chaque nouveau plat, histoire de faire connaissance avec un maximum de personnes.

« Facilitateur de projets », le dispositif a plus d’une corde à son arc ! Il est à l’origine de l’organisation régulière d’ateliers sur des thèmes précis, comme l’aide au maintien à domicile des personnes âgées ou la signalétique urbaine connectée, et de modules pour aider l’entreprise à la recherche de solutions innovantes sur une problématique particulière. Avec son expérience de la propriété industrielle, du transfert de technologies et plus généralement son expertise, le monde de la recherche y a toute sa place.

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Penser à la consommation comme levier de développement

L’économie productive est la référence dans une région encore fortement industrialisée. Elle l’est peut-être trop, au point de faire oublier un autre levier du développement économique : la consommation. Sociologue à l’université de Neuchâtel, Olivier Crevoisier explique que « l’industrie n’est peut-être qu’une des composantes de ce qui fera vivre l’Arc jurassien, après avoir été la seule ». A la Haute école de gestion Arc, Nicolas Babey, doyen de l’Institut du management des villes et des territoires, partage cet avis. Il cite l’expert en économie Laurent Davezies, qui en 2004 affirmait : « L’enjeu du développement d’un territoire n’est pas de créer le plus de richesses possibles, mais d’en capter le plus possible. La production marchande n’étant qu’un moyen parmi d’autres de le faire. »

Les travaux des deux chercheurs s’appuient sur le récent concept d’économie résidentielle, qui regarde comment un territoire développe des capacités à faire circuler et à capter des flux financiers pour assurer son propre développement.

Stage tous frais payés

Tom Affeltranger ne revient encore pas de cette aide inespérée : élève en deuxième année en Génie mécanique et conception à l’UTBM, il est le premier bénéficiaire de la bourse octroyée par la Communauté du savoir aux étudiants réalisant un stage de l’autre côté de la frontière.  L’aide, de 1 000 € mensuels, lui sera versée pendant toute la durée de son stage à la Haute école Arc Ingénierie. Six mois de formation en mécanique appliquée à l’horlogerie, pour laquelle il s’est découvert une passion, et qu’il effectue au bureau de recherche appliquée du Pôle horloger de l’école, situé au Locle. « Je tenais vraiment à effectuer ce stage en horlogerie à la Haute Ecole Arc. Cette aide est une vraie chance, elle m’a évité d’avoir à financer un prêt, car la vie est chère en Suisse pour les étudiants français. »

Une vraie aubaine, dont le jeune étudiant saisit toute la portée. « Elle permettra à certains de réaliser des stages auxquels ils seraient obligés de renoncer faute de moyens. Et c’est important de soutenir les relations entre la France et la Suisse ! » La bourse de la CdS est accordée dans un sens comme dans l’autre de l’échange franco-suisse.

Tom est ravi de l’accueil que lui ont réservé les enseignants et les étudiants, et de ce qu’il a déjà pu apprendre à leur contact en matière d’horlogerie. Avec, cerise sur le gâteau, une visite à la foire internationale de Bâle !

 

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Dans une étude réalisée à la demande d’arcjurassien.ch, et qui vient tout juste de rendre ses conclusions, Nicolas Babey et son équipe ont analysé les sources de développement des dix-neuf communes du Réseau des villes de l’Arc jurassien (RVAJ). Au-delà du bilan économique, l’étude débouche sur des préconisations concrètes qui bousculent les schémas classiques ou en tout cas se révèlent innovantes en matière de gestion du territoire. Car les points forts d’une ville, son patrimoine, son agrément, ses offres de service, ne valent que par les flux financiers qui vont permettre de les entretenir et de les dynamiser. « Or lieux de travail, de résidence et de consommation sont trois zones qui se recoupent aujourd’hui de moins en moins, souligne Olivier Crevoisier. Pour inciter à faire se rejoindre ces trois zones, le rapport présenté par l’équipe de Nicolas Babey propose une série de leviers de développement potentiellement exploitables par les communes, pour limiter leurs problèmes et domicilier les flux financiers sur leur territoire.

Pour valoriser l’Arc jurassien à l’extérieur, Olivier Crevoisier préconise de développer de nouvelles activités génératrices de consommation, en renforçant par exemple le tourisme. Pour attirer les revenus, certaines villes et certains territoires adoptent une politique de développement intégrant complètement l’accueil des visiteurs, comme Lausanne ou Montreux. Ce n’est pas le modèle de développement choisi par Neuchâtel, ville charmante et disposant certes d’attraits, mais plutôt réservés à ses habitants. « Aujourd’hui on assiste à une « marchandisation des régions », que l’on retrouve toutes dans les guides Michelin. Il est important de mettre en scène les territoires de façon symbolique, et de manière concrète aussi, avec la création d’infrastructures à destination des touristes. » L’édition en 2013 du Guide du routard franco-suisse, à l’initiative de la CTJ, suivie d’une réédition cette année, entre dans cette perspective et a le mérite de valoriser l’existant.

réunion innovARC

© InnovARC

Mais Olivier Crevoisier comme Nicolas Babey soulignent la nécessité de créer davantage de structures pour faire exister le territoire : création de musées, développement du cyclotourisme, des commerces et des services, d’infrastructures hôtelières, etc. La Route des microtechniques, la Maison de l’absinthe et autres musées horlogers sont des réalisations bien pensées, mais devraient s’inscrire dans un schéma de développement concerté pour avoir plus d’impact.

Parmi elles, la taxation de la mobilité des pendulaires aurait une double vertu : la valorisation des espaces publics, comme les parkings, actuellement financés par les seuls habitants, garantirait une rentrée d’argent substantielle et / ou favoriserait le covoiturage ; la réappropriation communale de certains espaces publicitaires donnerait aux villes la possibilité d’assurer la promotion du commerce local et des associations ; le versement d’une allocation de résidence inciterait les collaborateurs de l’administration publique ou des entreprises à vivre dans la commune où ils travaillent ; la création de monnaies locales, un concept dans l’air du temps qui pourrait bien gagner La Chaux-de-Fonds, encouragerait à dépenser sur place des revenus tels que l’allocation de résidence évoquée plus haut.

Ces mesures, et bien d’autres avec elles,  invitent « à porter un regard nouveau sur le transfrontalier », comme le souligne Nicolas Babey. Et à lui fournir des clés pour se forger une identité plus forte. Car l’Arc jurassien a encore des efforts à fournir pour se reconnaître et se faire reconnaître comme tel.


Une foule de petits projets

En marge des réalisations politiques, c’est une bonne surprise de constater l’existence d’une foule de petits projets transfrontaliers. Alexandre Moine a mené l’enquête pour les répertorier et annonce la création d’un fonds de 30 000 € de la part de la CTJ pour aider à leur financement. Un budget modeste mais un premier pas prometteur, témoignant de la prise de conscience politique de l’importance de telles initiatives pour la construction du vivre ensemble. Au total, pas moins de

carte

© Armelle Kaufmant, Alexandre Moine

soixante-treize coopérations ont été recensées ; quarante et une d’entre elles ont fait l’objet d’une enquête qualitative menée par le Forum. Tous ces projets sont nés dans un rayon de trente kilomètres autour de la frontière. Le chemin des rencontres, une « voie à mobilité douce » projetée entre La Chaux-de-Fonds et Morteau / Pontarlier, et qui occasionne une fête bisannuelle sur le futur tracé ; le Brass Band du saut du Doubs, réunissant ses musiciens lors d’événements festifs locaux ; le parcours Bourbaki, pointant une page dramatique de l’histoire franco-suisse ; Saute-frontière, dédié au monde de la poésie ; Mômes en scène, invitant les enfants à la découverte des arts de la rue…, sont autant d’initiatives qui semblent avoir germé avec naturel et spontanéité. « La satisfaction de bâtir un projet ensemble, de contribuer à un rapprochement, suffit à motiver les gens et à voir les projets prendre forme et se pérenniser », souligne Alexandre Moine. Nul besoin de reconnaissance, en revanche le plaisir de faire ensemble est essentiel. « La coopération sèche ne marche pas longtemps dans cette configuration, la convivialité et l’envie de partager sont des moteurs essentiels », témoigne Alexandre Moine.

L’histoire sert le rapprochement, même les guerres qui ont été source d’incompréhension et de division, mais qui ont généré des solidarités entre les habitants de part et d’autre de la frontière. La géographie aussi, comme le montre cet exemple de création d’une table d’orientation à La Dôle (VD). Une table réalisée en lave émaillée, empruntant à un savoir-faire traditionnel et partagé, une autre source d’inspiration collaborative. « Ce genre d’initiatives se multiplie depuis quelques années, on assiste à la collaboration de groupes français et suisses qui auparavant ne s’étaient jamais rencontrés. »

Lieux portant une empreinte pérenne de coopération, manifestations à l’inverse éphémères comme les concerts et les marchés, tous les projets viennent, en complément des grands chantiers politiques, tisser du lien entre des milliers de gens dont ils permettent chaque année la rencontre. Motivé par ce constat, le Forum transfrontalier réfléchit à la mise en place d’une plateforme d’information culturelle, qui plus qu’un catalogue les recensant tous, contribuerait à créer du dynamisme autour d’événements ciblés. Le transfrontalier a de l’avenir !



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Pour en savoir plus…

Castets Fontaine B., Loiseau J. et Moine A. (sous la direction de), Deux frontières aux destins croisés ? Étude interdisciplinaire et comparative des délimitations territoriales entre la France et la Suisse, entre la Bourgogne et la Franche-Comté (XIVe siècle - XXIe siècle), PUFC, à paraître en 2017

Conférence Transjurassienne

http://www.conference-transjurassienne.org/

 

arcjurassien.ch

info@arcjurassien.ch

http://www.arcjurassien.ch/

 

InnovARC

http://www.innovarc.eu/

 

Communauté du savoir – CdS

http://www.communautedusavoir.org/


  

 

Contacts :

Alexandre Moine - Laboratoire ThéMA – Théoriser et modéliser pour aménager

Université de Franche-Comté / Université de Bourgogne / CNRS

Tél. +33 (0)3 81 66 54 96

 

Maxime Kaci - Centre Lucien Febvre - Université de Franche-Comté

Tél. +33 (0)3 81 66 54 33

 

Didier Folzer - Service relations internationales - Haute Ecole Arc

Tél. +41 (0)32 930 11 11

 

Laurent Tissot - Institut d’Histoire - Université de Neuchâtel

Tél. +41 (0)32 718 17 76

 

Olivier Crevoisier - Institut de sociologie - Université de Neuchâtel

Tél. +41 (0)32 718 14 16

 

Nicolas Babey - Institut du management des villes et du territoire - Haute école de gestion Arc

Tél. +41 (0)78 613 56 07 

 

Béatrice Lapérou-Scheneider - CRJFC - Centre de recherches juridiques de Franche-Comté - Université de Franche-Comté

Tél. +33 (0)3 81 66 67 69

 

Tom Affeltranger - UTBM

 

Alexandre Gabus - InnovARC Suisse

Tél. +41 (0)32 889 76 76

Nathalie Rébert - InnovARC France

Tél. +33 (0)3 81 47 80 41

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