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Enseignement à distance : direction le Grand Nord

Vignette du numéro 269 de Mars 2017

Article publié dans le numéro 269 de Mars 2017
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Assurer partage des savoirs et formation jusqu’en Alaska… l’enseignement à distance porte vraiment bien son nom ! C’est sous la forme d’un MOOC (Massive Open Online Courses), au concept propre à son Institut d’ethnologie, que l’université de Neuchâtel fait ses premiers pas sur le sol gelé de l’État américain, aux côtés de l’université de Fairbanks avec laquelle elle développe une passion pour les courses de chiens de traîneaux.

départ de l'iditarod à Anchorage

Départ de l'Iditarod, Anchorage, Alaska, mars 2014

Photo Thierry Wendling, CNRS

 

Accompagner régulièrement cent étudiants sur le terrain pour des missions d’observation en ethnologie n’est guère envisageable. Surtout quand le thermomètre affiche des températures résolument négatives. Aussi la solution d’enseignement à distance mise au point par Ellen Hertz et ses collègues au sein de l’Institut d’ethnologie neuchâtelois n’a-t-elle pas manqué de séduire les enseignants du Grand Nord. « Le logiciel que nous avons développé est fait pour apprendre à l’étudiant à observer de manière structurée et rigoureuse en toute autonomie », explique la chercheure.

L’étudiant alaskain peut ainsi rester au chaud. Dense et varié, le matériau pédagogique mis à sa disposition comporte vidéos, photos, documents écrits et interviews pour approcher le plus possible la réalité de terrain. « L’exercice est pour nous difficile, car il faut tout anticiper en amont. » Si le contenu de la « leçon » doit en effet bien encadrer l’étudiant pour l’amener à une observation complète et juste, il doit aussi le laisser s’égarer, se tromper, revenir sur ses choix selon une approche très formatrice. Car outre sa richesse pédagogique, ce MOOC à la sauce neuchâteloise présente un intérêt inédit : son interactivité. « L’étudiant navigue en fonction de ses appréciations et de ses erreurs, et reçoit des commentaires individualisés de la part de ses enseignants. »

La version « Alaska » de ce système baptisé SELIN fait l’objet d’un projet de dix-huit mois, assorti d’un financement de 200 000 dollars de la National Science Foundation. Le module traitera des célèbres courses de chiens de traîneaux, qui, rappelant les pratiques traditionnelles des Inuits et des Amérindiens, représentent jusqu’à une dizaine de jours et 1 600 kilomètres de parcours dans des conditions extrêmes. Les iditarods sont un excellent sujet d’étude, à plusieurs titres : les rapports entre l’homme et l’animal ; les relations interethniques, car les compétitions comptent aussi la participation de nombreux « Anglos », ainsi que l’on nomme les Blancs en Alaska ; les rapports de tous ces participants avec le concept de concurrence. Au-delà de la formation universitaire, le module intéressera également les administrations, parcs nationaux, centres de conservation du patrimoine ou encore cabinets vétérinaires, qui pourront bénéficier de ses apports croisés en ethnologie, biologie, linguistique, psychologie et sciences vétérinaires.

Développé depuis deux ans, le système SELIN, pour Self-inducted Learning Infrastructure, peut désormais prêter son concours à tous les apprentissages autonomes basés sur l’observation, comme la primatologie, la psychologie ou encore la géologie.

Contact :

Ellen Hertz

Institut d’ethnologie - Université de Neuchâtel

Tél. +41 (0)79 249 37 10